PALEOBIOS , 14 / 2006 / Lyon-France ISSN 0294-121 X

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Apport des textes médicaux anciens dans la connaissance des pathologies bucco-dentaires

et de leur traitement au Moyen-Age .

 

   M.Lutz¹, R.Perrot² & C.Ribaux³

 

1- Correspondance : Dr. Marie Lutz, chirurgien-dentiste, 18 rue Saint-Maximin 69003 Lyon  / e.mail : lutzmarie@wanadoo.fr

2 - Laboratoire d'Anthropologie Anatomique et de Paléopathologie, 8 avenue Rockefeller, 69373 Lyon Cedex 08

3 - UFR d' Odontologie, rue Guillaume Paradin, 69372 Lyon Cedex 08

   

Résumé:

Le Moyen Age couvre plus de mille ans d’Histoire et reste néanmoins, dans l’inconscient collectif, une période d’obscurantisme et de sommeil intellectuel. Qu’en est-il de la pratique dentaire pour cette époque ? La paléopathologie s’intéresse aux pathologies découvertes sur crânes secs et permet d’affirmer que l’Homme médiéval, à l’instar de l’Homme moderne souffrait de caries dentaires et de maladies parodontales, avec les conséquences que ces pathologies peuvent avoir sur la santé buccale. Or, la pratique dentaire médiévale s’inspire des connaissances médicales antiques. L’analyse des Textes Médicaux Anciens apporte des précisions intéressantes sur les traitements dentaires connus et vraisemblablement appliqués.

Mots clés : Moyen Age / paléopathologie / Textes Médicaux Anciens / caries dentaires / maladies parodontales / santé buccale

 

Abstract :

Contribution of the ancient medical texts in the knowledge of the bucco-dental pathologies and their treatment in the Middle Ages.

The Middle Ages covers more thousand years of History and remains nevertheless, in the collective unconscious, a period of obscurantism and intellectual sleep. What about the dental practice for this time?  The paleopathology is interested in the pathologies discovered on dry skulls and allows to assert that the medieval Man, following the example of the modern Man suffered from dental caries and from parodontal diseases, with the consequences which these pathologies can have on the buccal health. Now, the medieval dental practice is inspired by antique medical knowledge. The analysis of the Ancient Medical Texts brings interesting precision on the known dental treatments and credibly applied.

Key Words : Middle Ages / paleopathology / Ancient Medical Texts / parodontal diseases / buccal health.

 

1. INTRODUCTION

 

La paléopathologie a confirmé l’existence de pathologies dentaires variées à l’époque médiévale. Il semble donc judicieux de se demander dans quelle

mesure ces pathologies étaient connues et soignées. Les vestiges osseux ne suffisent pas à répondre. Bien que l’on ait observé des dents absentes ante-mortem, existait-il un protocole opératoire pour les extractions ? Les caries et les complications qu’elles amènent étaient-elles soignées ? Existait-il une hygiène bucco-dentaire même si la fréquence des parodontopathies observées sur des dentures médiévales ( Lutz, 2005) nous permet d’en douter ?

Pour répondre à ces questions, il faut s’intéresser à la littérature médicale du Moyen Age, sans oublier les sources plus anciennes voire contemporaines.  Ces sources anciennes sont nombreuses et un choix s'impose obligatoirement. Pour cet article nous nous sommes limités à 7 auteurs anciens : Guy de Chauliac ( Nicaise, 1890) est incontournable pour le Moyen-Age français, en ce sens qu'il montre parfaitement dans le "guidon" (sa fameuse Grande Chirurgie), combien a été importante l'influence grecque avec Hippocrate ( Littré, 1839 - Pétrequin, 1878), Galien ( Daremberg, 1854)  et Paul d'Egine ( Briau, 1855) ; romaine avec Celse ( Védrennes, 1876) et Pline l’Ancien ( Littré, 1848) ; arabo-islamique avec Abulcasis de Cordoue ( Leclerc, 1861 - Haddad, 1968). En ce qui concerne les sources contemporaines, il nous a paru logique d'élargir cette bibliographie à des auteurs  traitant de l'histoire de l'art dentaire en général ( André-Bonnet, 1955 - Lassig, 1989 - Le Gulludec, 1992 - Lefébure, 2001 - Roux, 1992) ou s'étant intéressés spécifiquement à une époque donnée : antiquité grecque et romaine ( Faure, 1984 - Foucher, 1982 - Nguyen Thi-My-Phong,1990 ) ou monde arabo-musulman ( Elisseeff, 1977 - Hunke, 1963 - Chazal,1992 ). Concernant les auteurs anciens retenus, les lecteurs intéressés pourront consulter leur biographie mise en annexe à la fin de l'article

Les différentes connaissances acquises dans le domaine bucco-dentaire sont présentées, selon un ordre chronologique, d'Hippocrate à Guy de Chauliac, ainsi qu'il est classique de le faire ( Perrot, 1982 ).

 

2. LES CONNAISSANCES BUCCO-DENTAIRES

 

2.1.          Anatomie dentaire

 

Avant de soigner, il est important de connaître le fonctionnement « normal » d’un organe. Cette assertion fondamentale, les auteurs Anciens l’avaient bien

comprise et l’on retrouve dans leurs écrits des remarques pertinentes attestant d’une connaissance approfondie de l’organe dentaire.

 

 2.1.1.  Les sources grecques 

Pour Hippocrate, les incisives centrales sont considérées comme dents de devant, à partir desquelles on compte les autres. Il s’intéresse aussi bien aux cuspides qu’au nombre et à la position des racines et décrit ainsi la première molaire inférieure : «  La cinquième dent comptée à partir de celle de devant : quatre racines unies deux à deux à chacune des dents voisines, et tournées toutes par leur pointe en dedans . » (Epidémies, livre IV p157). On lit un peu plus loin : «   Cette dent avait au milieu une tubérosité, et deux en avant ; une petite tubérosité, en dedans, du côté des deux autres, avait été cariée la première ».

Le nom, le nombre, la forme et la fonction des dents ont été bien étudiés par Galien : «   Pourquoi avons-nous précisément trente deux dents, fixée seize sur un rang à chaque mâchoire, celles de devant nommées incisives, tranchantes et larges, capables de couper en mordant ; à leur suite, les canines, larges à la base, acérées au sommet, capables de briser les corps trop durs que n’auraient pu couper les incisives, puis les mâchelières

qu’on nomme aussi molaires, raboteuses et larges, dures et longues, faites pour triturer exactement les aliments coupés par les incisives ou brisés par les canines ?  » (livre XI, chapitre VIII, De la Face et en particulier Des Mâchoires, p667).

Galien  connaît   l’anatomie radiculaire des dents et précise même que la canine peut être nommée oeillière car elle reçoit des rameaux d’un nerf qui

correspond également à l’œil. Il précise même que les dents sont fixées à l’aide de ligaments dans les anfractuosités nommées alvéoles!

  

 2.1.2.  Les sources romaines :  

Celse a consacré le livre VIII de son ouvrage médical à l’anatomie dentaire. Il tire la plupart de ses connaissances des écrits grecs et le revendique, tout en ajoutant, lorsqu’il le juge nécessaire, des observations qu’il a pu faire. Il ne mentionne pas les prémolaires et les considère comme des molaires. Il est aussi amené à décrire rapidement la denture lactéale et les dents de sagesse : «  Les dents sont plus dures que les os. Elles sont situées en partie le long du bord inférieur de l’os maxillaire, et en partie le long du bord supérieur de la mâchoire inférieure. Les Grecs ont appelé les quatre premières toniques parce qu’elles tranchent ; elles sont entourées des deux côtés par les quatre canines. Après les canines viennent les molaires. Les dents incisives et canines n’ont qu’une racine, les molaires en ont deux, quelquefois trois et même quatre. Lorsque le corps de la dent est court, la racine est ordinairement plus longue ; lorsque la dent est droite, la racine l’est aussi ; si la dent est courbée, il en est de même de la racine. Sous cette racine, il pousse chez les enfants une nouvelle dent qui fait ordinairement tomber la première, mais qui quelquefois vient devant ou derrière » (livre VIII, p548) .

Pline l’Ancien fournit des observations moins médicales que Celse, se référant à des croyances superstitieuses qui se révèlent souvent inexactes : ainsi, les

Turdules et les femmes auraient moins de trente deux dents! Les dents surnuméraires sont considérées comme un porte-bonheur :  « Ceux qui en ont plus peuvent y voir, pense-t-on, une promesse de vie plus longue; […] celles qui portent à la partie droite supérieure une double canine, peuvent compter sur les faveurs de la fortune, ce fut le cas d’Agrippine, la mère de Domitius Néron. C’est le contraire pour la partie gauche….  »

Il évoque aussi les dents de sagesse qui «   percent aux environs de la vingtième année  » et que l’on nomme guenuines.

Enfin, il attribue aux dents d’autres rôles que la fonction masticatoire seule : «   Elles ne sont pas seulement nécessaires à la mastication des aliments, puisque les dents antérieures règlent la voix et la parole : elles rendent un son à chaque coup de langue et selon la ligne de leur implantation et de leur taille, on écorche, on adoucit ou on balbutie les mots. Quand elles manquent, elles empêchent toute articulation ; on croit même qu’il y a là matière à présages,…  ».

  

 2.1.3. Les sources  arabo-islamiques  

Abulcasis a puisé une grande partie de ses connaissances anatomiques dans les écrits des Anciens comme Hippocrate ou Galien. En ce qui concerne l’anatomie buccale nous trouvons dans le Livre XXX peu de descriptions anatomiques complètes. Pour Abulcasis, les dents n’étaient pas toutes distinctes les unes des autres, il n’y en avait que deux types, les molaires et les autres. Le desmodonte était néanmoins déjà une réalité pour lui puisqu’il indiquait qu’il fallait bien dégager la dent de toutes ses attaches avant de l’extraire, soit tout simplement pratiquer une syndesmotomie.

  

 2.1.4.  Guy de Chauliac   

La connaissance de l’anatomie occupe tout le premier traité et passe aux yeux de Guy de Chauliac comme une condition sine qua non à l’exercice de la

chirurgie. Sa description anatomique de la face est particulièrement complète et il divise la cavité buccale en cinq parties : «   les lébures, les dents, la langue, le palais et l’uvule ou luette . ». Reprenant Galien, il décrit le nombre de dents, leur position sur l’arcade, le nombre de racines et les variations anatomiques auxquelles on peut être confronté : «   Quant aux dents, elles sont de la nature des os, combien qu’elles soyent dictes avoir sentiment, selon Galien au seizième de l’Usage. Mais c’est à raison de quelques nerfs descendants du tiers pareil à leurs racines. Elles sont le plus souvent trente deux. Sçavoir est seize en chasque maschoire, c’est à sçavoir deux duelles, deus quadruples, et deux canines, huict maschelières et deux caisseaux. Leurs racines sont fichées ès maschoires, et les unes en ont une, les autres deux, quelques-unes trois et les autres quatre.  »

La composition des dents n’a, par contre, toujours pas été comprise puisque, de même que Galien, Guy de Chauliac les compare à un os en forme de clou.

     

 2.2  Formation des dents

  

Hippocrate   relate dans le chapitre du Corpus hippocratique intitulé « Des Chairs », l’origine et la formation des dents. Son explication peut nous apparaître actuellement comme assez étrange mais, loin d’être fausse, elle a le mérite de chercher une explication rationnelle et non plus magique :«  Les dents naissent à cause de ceci : leur croissance se fait par les os de la tête et les mâchoires. Ce que les os contiennent de glutineux et de gras, séché par le chaud se consume, et les dents deviennent plus dures que les autres os parce qu’elles ne contiennent pas de froid. Les premières dents se forment par l’alimentation du fœtus dans la matrice et par l’allaitement de l’enfant après sa naissance. […] Les dents de la première alimentation tombent à sept ans. […] Celles qui leur succèdent vieillissent avec l’homme à moins que quelque maladie ne les gâte » (Des Chairs, chapitre XII, p195).

Les autres auteurs choisis ne donnent pas d’explication à la formation des dents. On peut supposer que, se basant tous sur Hippocrate, la nécessité de répéter ce qui avait déjà été écrit ne leur est pas apparue comme importante, n’ayant pas eux-mêmes de nouvelles informations à ajouter. Il n'en est pas de même pour l es dents lactéales où les différents auteurs ont chacun apporté une interprétation.   

 

2.2.1 Les sources grecques

Hippocrate relate les nombreuses complications qui peuvent accompagner l’éruption dentaire qu’il nomme dentition : «   A l’approche de la dentition peuvent apparaître des inquiétudes des gencives, des fièvres, des convulsions, des diarrhées, surtout pour la sortie des dents canines. » (Aphorismes, tome IV) Dans le chapitre De la Dentition , Hippocrate apporte d’autres précisions sur les relations entre la dentition et l’apparition de convulsions, de fièvres, de comportements turbulents et même d’ulcération des amygdales.

Sur la première dentition, Galien dit : «   Les dents poussent plus tard à l’enfant afin qu’il ne gêne pas sa mère pendant la tétée et que l’activité de la

mastication prenne place, activité qu’il n’apprendrait de personne comme les autres activités.  » ( tome IV, p250) Lors de percées difficiles, Galien propose des traitements assez atypiques à base de lait de chienne, de cervelle de lièvre ou de cervelle de mouton qu’il fallait frotter sur les gencives enflammées. On pouvait aussi utiliser des pétales de rose broyées ou du beurre avec du miel lors d’éruptions difficiles.

  

 2.2.2. Les sources romaines

Pour Pline : « Les enfants ont leurs premières dents à sept mois, et en général, d’abord à la mâchoire supérieure : voilà qui n’est pas douteux. A sept ans, ces dents tombent pour faire place à d’autres… » L’étude des dents temporaires reste cependant limitée.

  

 2.2.3. Les sources  arabo-islamiques   

Les complications et pathologies liées à la denture temporaire ne sont pas évoquées par Abulcasis, cependant connaissant ses qualités humaines, on peut admettre qu'il ne se désintéressait pas pour autant des problèmes dentaires des enfants.

     

 2.2.4. Guy de Chauliac    

Comme pour Abulcasis la question des dents temporaires n’est pas soulevée dans son ouvrage de référence.   

  

3. LES PATHOLOGIES BUCCO-DENTAIRES  

 

Quelle que soit l’époque, il est important de préciser, bien que ce ne soit pas directement lié à notre propos, que tous les auteurs avaient des connaissances poussées concernant l’anatomiede la face, de la langue, des glandes salivaires, des amygdales, de la luette, du palais et leur fonction.

Hippocrate sait traiter de nombreuses pathologies de l’oro-pharynx :

  • les aphtes
  • les maladies de la langue qui prend la couleur de l’humeur dominante
  • les grenouillettes
  • les abcès du palais
  • le scorbut et ses symptômes buccaux
  • les affections de la luette
  • les angines
  • les inflammations et ulcérations des amygdales
  • les maladies des parotides
  • le noma
  • la syphilis et ses symptômes buccaux
  • les carcinomes et sarcomes
  • l’empyème du sinus frontal et du sinus maxillaire
  • la névralgie du trijumeau
  • les ankyloses
  • l’ictère   

Les luxations et fractures des maxillaires sont réduites par des systèmes de ligature relativement équivalents au cours des siècles.

Abulcasis nous offre un très bel aperçu des excellentes connaissances en traumatologie mises en œuvre au Moyen Age . Se basant essentiellement sur les écrits des Anciens, il traite des fractures du maxillaire inférieur dans le chapitre IV de La Chirurgie . Après une analyse minutieuse du type de fracture , il décrit avec précision le protocole opératoire : «  […] Si la fracture siège à droite, on introduit l’indicateur (l’index) de la main gauche dans la bouche du malade ; si elle siège à gauche, on introduit l’indicateur de la main droite. Avec le doigt et en agissant avec douceur, on presse de dedans en dehors pour réduire la saillie interne de la fracture, en même temps que l’autre main agit à l’extérieur pour concourir à la coaptation. ». Après réduction de la fracture, il conseille d' appliquer sur le menton du cérat, une compresse et enfin une attelle, puis de prescrire au malade du repos et une alimentation liquide. Il traite aussi dans le chapitre XXIV des luxations de l’articulation temporo- mandibulaire. Comme pour les fractures mandibulaires, Abulcasis décrit précisément la façon d’opérer, la réalisation de l’attelle et les conseils post-opératoires à prodiguer au patient.

  

 3.1. La carie dentaire et ses complications, traitements proposés :

  

 3.1.1.  Les sources grecques :  

Hippocrate propose une étiologie de la carie basée sur sa propre conception de la médecine, à savoir que la « bonne santé » résulte d’un équilibre entre les quatre principales humeurs du corps ; lorsque cet équilibre est rompu, la maladie apparaît. « Les dents sont rongées et cariées, les unes par le phlegme, les autres par les aliments, quand naturellement elles sont faibles, creuses et mal fixées dans la gencive » (Des Affections, tome VI).

Le traitement qu’il propose se déroule en deux étapes :

  • Soulager la douleur :
  • La douleur est prise en charge à l’aide de calmants. Les plus employés sont le castoreum (drogue sécrétée par les glandes préputiales du Castor mâle et qui se présente sous la forme d’une résine à forte odeur) et le poivre utilisés en cataplasmes ou errhins : «   Chez ceux qui souffrent des dents, ont un écoulement ténu venant de la région sourcilière, un errhin fait avec du poivre et bien appliqué, amène le lendemain un écoulement épais, pourvu que les autres accidents ne l’emportent pas » [ concernant la matière médicale utilisée, elle est, identique à celle utilisée, par ailleurs, en traumatologie : nous donnons ici seulement quelques indications descriptives et thérapeutiques. Des compléments d'information peuvent être facilement trouvés sur le site web perso de l'un de nous].    Hippocrate suggère aussi la cautérisation : « Si, sans être ni cariée, ni branlante, la dent excite cependant la douleur, il faut la dessécher en la brûlant » , cette dessication est réalisée à l’aide d’une petite barre de fer incandescente en forme de tuyau, introduite dans l’enveloppe protectrice de la dent.

  • Réaliser de soins conservateurs :
  • La cavité de carie n’est pas mise en forme mais uniquement obturée en l’état après avoir enlevé la carie par grattage.   

Les opinions pathologiques de Galien reposent sur la théorie des humeurs d’Hippocrate. Pour cet auteur, les douleurs dentaires apparaissent suite à un « excès de nourriture » et sont comparables à une «   espèce d’inflammation comparable à celle qui se produit dans les parties charnues . » ( tome XII, p85) . Galien évoque la carie dentaireen ces termes :  «   Des trous dans les dents peuvent se former par écoulement, à l’intérieur, d’humeurs âpres et corrosives  » (tome XII, p852) . Il accuse une mollesse naturelle des dents (que l’on désigne actuellement par la notion de terrain prédisposant) et une absorption quotidienne de lait qui endommage les dents et la chair qui les entoure (le lait symbolise le facteur alimentaire, cofacteur direct de la carie).

Il propose dans un premier temps un traitement prophylactique qui consiste en un lavage quotidien de la bouche avec un mélange de vin léger et de miel pour  «  […] chasser tout ce qui est caséeux et pourrait rester dans les dents . » ( tome VI, p688)

Le traitement curatif proposé consiste en un curetage dentinaire des tissus cariés parfois associé, si nécessaire, à une trépanation coronaire avec une vrille. Après trépanation, il introduisait des substances curatives dans la cavité au moyen d’une sonde.  

Galien décrit de façon très précise les signes de la pulpite et de la desmodontite en s’appuiyant, entre autres, sur ses propres expériences : «   Quand j’ai eu une fois des douleurs dentaires, […] j’ai clairement ressenti non seulement une douleur mais même un abattement dans la dent comme cela est habituellement le cas dans les parties de chair enflammée. C’est pourquoi je me demande comment cette maladie que nous appelons inflammation [ = pulpite : il est à noter que l’existence de la pulpe était inconnue à l’époque] se constitue dans une substance dure et pierreuse : la dent  » (tome XII, p849). «   Lorsque j’ai éprouvé une autre fois des douleurs dentaires, j’ai ressenti nettement la douleur, non dans la dent elle-même, mais dans la gencive qui était enflammée [desmodontite] et souffrait sous la pression des dents antagonistes . » (tome XII, p849)

Galien voit donc la cause de la douleur non pas du fait de la présence d’un ver dans la dent [étiologie classiquement admise à l'époque!], mais d’une inflammation de la gencive et du nerf qui pénètre dans la racine de la dent et se ramifie à cet endroit. Il est par ailleurs le premier à distinguer pulpite et desmodontite : «   A cause de la sensation de ces deux espèces de douleur, je sais d’une manière tout à fait sûre qu’une fois la douleur avait son siège dans la gencive, une autre fois dans la substance de la dent  » (tome XII, p849).

Pour ce qui est des traitements proposés, ils sont variés et visent à écarter l’excès qui provoque l’inflammation. On peut citer entre autres ce remède :

«   Coupe l’intérieur d’un oignon en parties toutes petites, ajoute un quart de vinaigre, met ensemble dans un récipient enterré dans du crottin

d’ âne, conserve le là trente jours et prend le comme bain de bouche  » (tome XIV, p355)

  

3.1.2.  Les sources romaines:  

C'est avec les écrits médicaux de Celse que l'on trouve les premiers rudiments d’odontologie conservatrice. Celse est le premier à employer le terme de carie [dentaire] qu’il définit ainsi : «  Tout os qui est altéré, devient en général gras, puis noir puis carié . ». Il met en place tout un protocole thérapeutique à respecter qui se déroule en 4 étapes :    

  • soulager la douleur :
  • Celse décrit de nombreux cataplasmes pharmaceutiques dont il accompagne systématiquement sa thérapie. Ces cataplasmes chauds ou tièdes sont

    appliqués sur la partie externe de la joue et maintenu en place avec de la laine et un bandage noué sur la tête. En fonction de la douleur le traitement varie mais on retrouve toujours :

    - du cérat, une préparation à usage externe à base de cire et d’huile à laquelle on incorpore une eau distillée aromatique ( « y appliquer du cérat d’huile de troène ou d’iris » ).

    - un bain de bouche chaud à renouveler fréquemment. « A cet effet, on fait bouillir ou de la racine de jusquiame dans de l’oxycrat ; ou de la racine de quintefeuille dans du vin mêlé d’eau ; ou du vin coupé d’eau, additionné d’un peu de sel ou dans le même liquide, de l’écorce de pavot qui ne soit pas trop sec ou de la racine de mandragore . » L’oxycrat, à l’instar du vin, est une boisson vinaigrée hémostatique et antiseptique ; la racine de jusquiame est un anti-spasmodique et un antalgique ; le quintefeuille est un astringent ; le sel assure un drainage des gencives ; enfin, le pavot et la mandragore sont de puissants   narcotiques et antalgiques souvent prescrits en fumigations.

  •  le curetage dentinaire de la carie :
  • Celse se contente d’une application locale à l’endroit de la lésion carieuse de divers baumes calmants sans curetage mécanique. Il vante les mérites de l’huile chaude appliquée au moyen d’une sonde enveloppée de laine au contact de la carie pour diminuer la douleur.   

  •  les pansements médicinaux :
  • l’ingrédient le plus fréquemment retrouvé est l’alun. Cette solution de sulfate double de potassium et d’aluminium hydraté dilué dans du nitre était prônée par tous les auteurs romains. Au niveau de la cavité carieuse, Celse utilisait, pour positionner les substances médicamenteuses, des flocons de laine : « On pose de l’ardoise pilée, enveloppée dans de la laine sur la dent : elle calmera les douleurs et la dents pourra être conservée . »

    Les pansements médicinaux utilisés par Celse contenaient entre autres de la pariétaire, de l’alun, du bitume et de la moutarde  

  • l’obturation :
  • Celse utilise un mélange d’ardoise pilée, de plomb et de divers textiles pour obturer les dents ainsi traitées.  

Concernant  les abcès, conséquence classique de dents cariées mal soignées, il écrit (dans son traité médical De Re Medica) que la maladie phlegmonneuse d’un maxillaire était toujours en relation avec une dent plus ou moins délabrée, en particulier les dents de sagesse. De plus, il décrivait l’évolution inflammatoire selon un mode chronique et deux modes aigus : «   Dans le premier mode aigu, l’inflammation se résout en une collection purulente, celle-ci pouvant réaliser un abcès au sein même de l’os ou dans les tissus voisins. Elle peut aussi s’ouvrir à l’extérieur[…].Quelquefois très rapidement, apparaît une fièvre importante accompagnée de douleurs violentes et le malade délire. La mort peut survenir en quelques jours. Sinon l’os malade se nécrose et est éliminé. Dans le mode chronique, il se forme une fistule qui s’ouvre à la gencive.  » Celse préconise alors d’ouvrir l’abcès afin de le drainer, d’extraire la dent causale et de ruginer tout l’os malade.   

Pour Pline l’Ancien, l’étiologie de la carie est la suivante : «   Les dents sont si réfractaires qu’elles résistent au feu, même l’incinération du corps, et ces mêmes dents qui tiennent la flamme en échec, se creusent du fait d’une corruption due à la pituite [ vomissements fréquents qui ne manquaient pas de survenir chez les fêtards alcooliques de son temps!] ».

Tout comme Celse, les traitements qu’il préconise passent par :

  • une prescription médicamenteuse : usage d’un dentifrice particulier pour les dents cariées, à base de poisson que l’on fait cuire «   dans le four pendant une nuit . » auquel on ajoute du sel. Ce dentifrice, a priori étrange, devait être riche en fluor dont chacun connaît le rôle anti-carieux et anti-bactérien !
  • le curetage dentinaire par cautérisation
  • les pansements médicinaux : Pline propose une impressionnante liste de ces pansements dont il détaille les ingrédients. On retrouve, entre autres, l’ail aux vertus antiseptiques et anti-infectieuses ; l’éphéméron, un astringent que l’on « applique sur les dents creuses et cariées »  ; la chélidoine ou encore l’héllébore, un vermifuge antiseptique. Le suc de figuier, un caustique semblable à l’arsenic qui était encore utilisé il y a quelques années de cela, «    est bon aussi pour les maux de dents, appliqué avec de la laine ».
  • l’obturation : l es cavités sont obturées de multiples façons mais la plupart restent des obturations provisoires. « La graine de l’euphorbe
  • s’introduit aussi avec de la cire dans la cavité des dents cariées .  » . L’euphorbe devait exercer une action corrosive sur la pulpe dentaire.

3.1.3.  Les sources arabo-islamiques :     

Pour Abulcasis, le fait que la dent soit douloureuse est dû à «  l’action du froid, ou bien parce qu’un ver y siège » . L’origine de la carie est donc imputée à la présence d’un ver! Il est possible que les Arabes aient emprunté cette théorie aux Grecs mais il est sûr que ce sont les grands médecins Arabes qui transmirent par la suite la connaissance de cette pathogénie aux médecins Européens comme Guy de Chauliac

Lors d’une affection carieuse, les médecins Arabes préconisent d’abord de chercher une solution à la douleur grâce à la liste impressionnante de plantes

connues. Lorsque les préparations médicamenteuses échouent, le praticien a recours à la cautérisation. C'est ainsi que la première partie de La Chirurgie est consacrée à la cautérisation par le feu ou par les caustiques, bien qu’Abulcasis se méfiât de ces derniers : «  Le feu est une substance simple dont l’action ne dépasse pas l’organe qui la subit : il n’affecte que légèrement les organes voisins. Au contraire la cautérisation par les caustiques agit au-delà de l’organe cautérisé et parfois il en résulte dans un organe une maladie grave ou même fatale. ». Quand on sait que l’arsenic est employé en tant que caustique, on comprend mieux les réticences d’ Abulcasis! Il ne se faisait pas d’illusion quant à l’efficacité de cette thérapeutique, par contre, il était presque sûr de l’efficacité de la cautérisation par le feu lors des odontalgies : «   Si l’affection pour laquelle on cautérise est légère, si l’organe où elle siège est pauvre en humeurs et humidité, comme quand il s’agit d’une dent douloureuse […] il se peut que la maladie ne récidive pas. »

Lorsque la douleur est diffuse, Abulcasis cautérise l’ensemble de la tête ; lorsque le patient incrimine précisément la dent causale, l’odontalgie est traitée de

deux manières, par le beurre ou par les cautères : « Quant au premier procédé, il faut prendre du beurre de vache et le faire fondre dans une cuiller en fer ou dans une coquille. Prendre alors du coton, l’enrouler autour d’un stylet, le tremper dans le beurre, l’appliquer promptement sur la dent douloureuse et appuyer avec   la main jusqu’à ce qu’il refroidisse. Recommencer plusieurs fois jusqu’à ce que la chaleur du feu pénètre dans la cavité de la dent. Si l’on veut on peut aussi tremper de la laine ou du coton dans du beurre froid, le placer sur la dent douloureuse et appliquer par-dessus le fer chaud de manière à faire pénétrer la chaleur jusqu’au fond de la dent. »

« Quant à la cautérisation par le feu, prenez une canule en cuivre ou en fer, dont le corps sera suffisamment épais pour protéger la bouche du

malade contre la chaleur du feu ; faites entrer dedans un cautère dont nous donnerons plus tard la figure jusqu’au centre de la dent, et appuyer

avec la main jusqu’à refroidissement du cautère

Tout en ne connaissant pas l’existence et le rôle de la pulpe, Abulcasis décrit ainsi l’ébauche de la dépulpation. Cette cautérisation était nettement supérieure aux fumigations et aux saignées qui furent encore pratiquées pendant tout le Moyen Age en Europe Occidentale.

Abulcasis décrit plusieurs complications de la carie résultant de la nécrose pulpaire et distingue abcès et kyste grâce à l’ébauche d’une étude anatomo-pathologique : « Dans les tumeurs enkystées il n’y a ni fièvre, ni douleur. Elles sont contenues dans une poche membraneuse qui leur constitue une enveloppe spéciale […] Elles sont de deux sortes quant à leur contenu, qui est tantôt une matière adipeuse, tantôt un liquide. »

Pour confirmer son diagnostic, il se base sur la ponction du liquide kystique.

Les infections non soignées qui passent ensuite à la chronicité ne lui ont pas échappé : «   Sachez que les plaies et abcès qui sont anciens passent à l’

état chronique, s’ulcèrent, ne se cicatrisent pas, donnent un écoulement purulent, permanant et intarissable, prennent en général le nom de

fistules» Pour confirmer son diagnostic et déterminer la dent causale, il utilise le sondage à l’aide de stylets de composition et de forme adaptées au type de fistule. Une fois, la fistule repérée, elle est cautérisée par le feu grâce à des instruments adaptés. Il en est de même pour favoriser la maturation des abcès.

  

3.1.4.  Guy de Chauliac :     

Guy de Chauliac classe les « passions des dents » en six catégories : « douleur, corrosion, congélation, endormement, limosité ou fétidité, chute ou

branlement » :

  • la douleur :
  • r eprenant les théories de Galien sur les douleurs dentaires, le praticien peut poser deux diagnostics : il s’agit soit, d’un abcès parodontal, soit d’une pulpite ou une desmodontite : «  Dequoy il appert qu’elles ne s’apostoment proprement, et n’ont douleur, sinon à raison des gencives, et des nerfs qui leur sont adhérents . » L’apparition d’un phlegmon apparait comme de bon augure, car il annonce une diminution de la douleur : «  On juge aussi que l’enflure des joues est bon signe en douleur des dents : parce qu’elle signifie que la matière délaisse le nerf, et le ligament, et se détourne aux lieus charnus  »  

  • la corrosion :
  • la carie est conçue comme une pourriture de la dent, due à l’action combinée d’aliments comme le poisson ou les laitages, et de vers : «   Si dans le trou il y a un ver , … »   Bien que la théorie du ver subsiste, Guy de Chauliac ne considère pas que le ver soit la cause de la carie mais qu’il apparaît une fois la pourriture installée sur la dent.   

  • l’endormement et la congélation :
  • la nature de ce trouble paraît assez obscure aujourd’hui bien qu’il puisse s’agir des symptômes de paresthésie.   

  • la limosité ou fétidité :
  • pour Guy de Chauliac cela correspond à la description du tartre dont il ne dit que peu de choses. Il parle simplement «   de limosité et laide couleur des dents », « de limosités endurcies  », le tartre allant de paire avec « la puanteur de la bouche. »   

  • l’ébranlement ou affaiblissement :  
  • les parodontopathies sont dues à trois causes différentes : «  […] de l’humidité qui amollist le nerf et le ligament. Aucunes fois pour seicheresse et faute de nourriture : autres fois par corrosion et diminution de la chair des gencives . »   

Concernant la carie dentaire à proprement parler, Guy de Chauliac utilise une pharmacopée adaptée à la nature du trouble. Les références à la théorie des

humeurs d’Hippocrate sont ancrées dans la thérapeutique qu'il préconise. Ainsi pour combattre une douleur d’origine chaude faut-il donner un traitement froid et lorsqu’il s’agit d’une douleur humide, on utilisera un traitement sec.

Si la douleur est chaude, la soigner avec «l’huile rosat, de camomille et d’aneth » ; s i la douleur est froide, utiliser de l’huile chaude ; si elle est venteuse, qu’elle «   soit dissipée avec décoction de cumin, et des bayes de laurier, semence de rhüe, galban et sérapin ». En cas de douleur humide, il faudra la dessécher avec du sel et de l’alun ; Enfin, les douleurs sèches seront humectées « avec du beurre et graisse de bélier . »  

Mais surtout Guy de Chauliac conseille d’intervenir de manière instrumentale sur la carie afin d’éviter les tassements alimentaires. Ensuite la cavité peut être remplie de matériaux d’obturation : «   Puis soit remplie de gallie et souchet, mastic, myrrhe, souphre et camphre, cire, ammoniac, asse puante, et semblables  »

Si toutes ces tentatives ont échoué, Guy de Chauliac préconise alors la cautérisation décrite par Abulcasis, par l'huile brûlante ou le feu : «   Si il n’y a remède avec lesdites choses, qu’on la cautérise d’huile bouillante, en y plongeant une esprouvette environnée de cotton ou linge, l’ appliquant souvent à la dent. Ou soit cautérisée avec un fer ardent . »

Dans son chapitre III du septième traité, l’Antidotaire, consacré aux cautères, Guy de Chauliac fait en permanence référence à Abulcasis, pour ce qui est du traitement « chirurgical » de la carie.

    

 3.2.   Les parodontopathies, traitements proposés :

 

En ce qui concerne les parodontopathies, elles ont été décrites de tout temps et leur traitement passe par trois phases importantes :

  • l’hygiène et la prévention
  • le traitement médicamenteux
  • le traitement chirurgical.

 3.2.1.  Les sources grecques :     

Hippocrate apporte peu de précisions sur les maladies parodontales qu’il soigne vraisemblablement comme toute inflammation du corps, par un traitement

médicamenteux visant à diminuer l’inflammation, associé ou non à un traitement chirurgical par cautérisation.

Par contre, pour ce qui est de l’hygiène, il propose, dans Des Maladies des Femmes, un dentifrice appelé « La préparation indienne » :  «   Quand une femme sent mauvais de la bouche [!] , que les gencives sont noires et malades,

- Brûler à part une tête de lièvre et trois rats (on enlèvera les intestins des rats mais non le foie et les reins)

- Piler dans un mortier du marbre ou de la pierre blanche, et tamiser puis mêler partie égale de ces ingrédients, et en frotter les dents ; il faut aussi en frotter l’intérieur de la bouche ; ensuite frotter avec une laine chargée de suint et se laver la bouche avec de l’eau ; on trempe dans du miel la laine en suint, et on frotte les dents et les gencives en dedans et en dehors.

- Piler de l’anis, des graines d’aneth et deux oboles de myrrhe

- Mouiller avec une demi cotyle de vin blanc pur, se laver les dents avec cette préparation, la garder longtemps dans la bouche ; faire cela souvent et se gargariser à jeun et après le repas, ce qu’il y a de mieux c’est de peu manger, mais de prendre les choses les plus substantielles .

Cette préparation nettoie les dents et leur communique une bonne odeur ; on la nomme préparation indienne. » (Des Maladies des Femmes, livre II, tome VIII).

La laine brute servait de brosse à dent et un bain de bouche complétait le brossage. Le suint (graisse issue de la laine) contenait des stérols (comme la lanoline) tandis que l’anis, le fenouil et la myrrhe sont des antiseptiques.     

Galien signale différentes manifestations des problèmes parodontaux éprouvés par ses contemporains : c'est ainsi qu'il évoque plusieurs causes de mobilité dentaire ou « dents branlantes » , entre autres, le manque de nourriture qui rend les dents plus sèches, plus fragiles et plus minces, la vieillesse ou encore les coups. «   Si les dents, par suite d’une nourriture insuffisante, sont devenues faibles, alors elles deviennent fatalement branlantes et mouvantes parce que leur gomphôsis, insertion de la dent dans la mâchoire est devenue molle » (tome XII, p851). Par ces quelques lignes on peut remarquer que l’idée de l’ existence d’un ligament parodontal était déjà été admise.

La parodontite est classiquement la cause de la mobilité des dents et Galien est conscient de l’importance d’avoir un parodonte sain : « On doit aider, malgré tout, le vieillard, en fortifiant la gencive, avec des remèdes astringents et se soucier de la faire partout mieux adhérer, car la gencive contribue elle aussi à la solidité et au caractère inébranlable des dents   » (tome XII, p851)

Les remèdes utilisés peuvent être, entre autres, le lait d’ânesse, les osselets de vache, la cendre de copeaux de bois de cerf avec du vin, la poudre de racine

pilée de peuplier blanc, etc…

En cas de sur-occlusion gênante, Galien préconise de limer la partie de la dent qui dépasse.

Concernant la « mauvaise haleine », elle peut être due à : « une gencive pourrissant, une dent cariée, un ulcère buccal, une maladie de la gorge  », mais peut aussi provenir d’éléments maladifs comme les oreilles ou l’estomac. Parmi les remèdes proposés, on trouve ce conseil :  «   Amollis de l’orge dans du miel et du vin, enroule-le dans une feuille de papyrus, pulvérise et enduis la gencive de ce remède  » (tome XIV, p357). Galien conseille aussi l’usage quotidien de baume d’Albonium et d’huile d’Albathrum.   

Galien n'oublie pas pour autant l’hygiène dentaire :

  •  les dentifrices :
  • Galien en propose de nombreuses recettes, mais ils sont tous utiles à la gencive et aux dents qu’ils éclaircissent et consolident si elles sont ébranlées.

    Exemple de dentifrice cité dans le tome XIV, p426 : Argile d’Erétrie réduite en cendres puis pulvérisée + corail rouge + pierre ponce + noyau de datte + os de seiche + sel carbonisé.

  • les bains de bouche :
  • Quelques exemples :

    • Vin pur dans lequel on fait cuire de l’iris odorant ;
    • Vinaigre dans lequel on fait cuire de la jusquiame ;
    • Vin léger, miel et oignon à conserver dans du crottin d’âne.

    Les propriétés anti-infectieuses de l’oignon associées à celles du vinaigre font de cette recette une excellente lotion médicinale, n’eût été la méthode de conservation très empirique!   

Paul d’Egine bien que s’intéressant essentiellement à la chirurgie maxillo-faciale, propose également quelques traitements concernant les pathologies parodontales auxquelles il a pu être confronté telles épulis et parulies, abcès parodontaux et gingivite :

  • les épulis et parulies :
  • «   Chapitre XXVII : Des épulies et des parulies : l ’épulie est une croissance de chair qui survient aux gencives près d’une dent. La parulie est un petit abcès des gencives. Nous coupons l’épulie après l’avoir saisie avec une pince ou un crochet. Quant à la parulie, nous l’incisons tout autour et nous la remplissons de charpie. Je sais aussi que souvent on la guérit en faisant avec le phlébotome une simple piqûre pour évacuer le pus. Après l’opération nous prescrivons de laver avec du vin, puis le lendemain avec de l’hydromel ; et après cela nous appliquons sur la plaie de la poudre d’anthère, jusqu’à ce que la cure soit terminée ; mais si l’ulcération survenue aux gencives n’est pas guérie par ces remèdes, nous la cautérisons avec des cautères à boutons . »

    Dans le livre VII, chapitre 13, Paul d’Egine décrit la poudre d’anthères [étamines] composée du pollen de différentes plantes, d'épices et de minéraux. Cette composition présente des propriétés antalgiques, antiseptiques, astringentes facilitant la cicatrisation.

  • abcès parodontaux
  • D’après Paul d’Egine, l’abcès doît être crevé par des moyens chirurgicaux puis on assure son drainage par des ventouses appliquées sur la gencive.

    Il prescrit ensuite des décoctions astringentes et aromatiques : «   Rincer avec une décoction de myrrhe, de lentisque et de noix de galles ; ou de sumac syrien [l e sumac est un arbre riche en matières tanniques] ou de fleurs de grenadier sauvage ou de son écorce…  » Il recommande aussi l’application topique d’un collutoire astringent et antiseptique : «   Saupoudrez aussi du mélange suivant : 2 parties de sel et 1 partie d’alun brûlé, ajouter au vinaigre et pulvériser, puis laver avec du vin.   »   

  • la gingivite :
  • Lorsque les gencives saignent : «   saupoudrer d’alun fin ou rincer avec de l’aloès macéré dans du vin ou avec de la racine de ronce bouillie dans du vin ou avec du sumac syrien  ». Enfin, «   quand les gencives saignent et sont en outre affectées par un flux muqueux, brûler du thon mariné jusqu’à ce qu’il soit réduit en cendres ; appliquer des touches de celle-ci sur les parties malades ».

      

 3.2.2.  Les sources romaines      

L’hygiène et la prévention sont des domaines de la dentisterie   ne faisant pas partie des priorités de Celse qui note tout de même dans son traité médical :

«   comme dentifrice, Marcellus Empiricus, recommande du verre pulvérisé et du nard  » Par ailleurs, il conseille l’emploi de tisanes pour se laver la bouche. Par contre, bien qu’il ne développe que très peu le type de pathologies qui peuvent être rencontrées, il se penche beaucoup plus sur les traitements  à réaliser :

  •   le détartrage :   
  • Le détartrage s’effectue avec une sonde en forme de grattoir : « Si les dents sont noires et couvertes de tartre, il faut les nettoyer avec un instrument convenable. Si une dent est malpropre et noire quelque part, il faut la racler et la frotter avec des fleurs de roses pilées, additionnées d’un quart de noix de Galles, d’un autre de myrrhe et se rincer fréquemment la bouche avec du vin pur…  »

    La noix et la rose, riches en tanin sont de puissants astringents ainsi que la myrrhe qui est aussi aromatique et légèrement antiseptique, ce qui justifie que Celse les emploie après le détartrage. Le vin est un produit antiseptique, caustique et hémostatique.   

  •   la cautérisation des gencives :   
  • Celse reprend la méthode de cautérisation préconisée par Hippocrate : «  […], il faut toucher légèrement les gencives avec un feu ardent sans le laisser appuyer dessus. Il faut porter un cautère incandescent sur les gencives de manière à les effleurer sans les appuyer . »

    Après la cautérisation, Celse applique un mélange de miel et de vin puis saupoudre de remèdes secs et astringents.     

  •   la contention :  
  • Celse recommandait la ligature des dents mobiles avec un fil d’or lorsque la mobilité est d’origine traumatique ou liée à l’âge. Son pronostic est moins optimiste lorsque la mobilité fait suite à une parodontite, le traitement se résumant alors à l’extraction des dents mobiles.

      

De sob côté Pline l’Ancien tire-ainsi qu'on le sait bien- ses enseignements de la Nature qui l’entoure et on n’est pas surpris de voir que ces remèdes s’accordent avec sa philosophie de vie. Il s’ intéresse beaucoup à la pharmacopée parodontale. Ainsi, il propose une multitude de recettes composées de coloquinte, de pourpier, de racine de mauve, de vinaigre, de mûres et autres. La plupart de ces recettes s’avèrent par ailleurs relativement judicieuses…. Il recommande, par auilleurs, l’usage de cure-dents, les dentiscalpia , et le lavages de bouche.

A noter que l’approche des premiers rudiments de l’hygiène a essentiellement une motivation esthétique qui est réservée à une tranche très privilégiée de la société. Pline désigne l’halitose comme la « corruption du souffle vital » et en propose une explication : «   Chez l’homme, seule la nature apporte plusieurs causes à la corruption de l’haleine : l’altération des aliments, la carie dentaire, et surtout la vieillesse. » Pour y remédier, plusieurs traitements sont à disposition des patients :

  • les eaux et poudres dentifrices  :
  • On en décrit de nombreuses et parfois de très surprenantes comme l’urine.

    Quelques recettes :

    •  «  l’origan, à la dose d’un acétabule, donne de la blancheur aux dents, avec du miel et du nitre  »
    • L’origan est employé en onguent contre les blessures et les lésions de muqueuses ainsi que pour les plaies qui cicatrisent mal. L’origan contient de l’essence de thymol aux propriétés caustiques et astringentes. Le miel était employé pour ses vertus adoucissantes. Le nitre renferme de la potasse qui est un détergent servant à nettoyer et à blanchir les dents.

    • « cette même cendre de l’orge avec du sel et du miel donne de la blancheur aux dents, de la douceur à l’haleine  »
    • La base de cendres contenant de la potasse assure l’action détergente et abrasive de la composition. Le sel est un abrasif et, pour les muqueuses, par ses propriétés osmotiques, il assure un drainage des impuretés et des micro-organismes.   

    •  «   en liniment dans l’huile, la cendre de figuier guérit la myopie, et employée fréquemment en dentifrice, les affections dentaires  »
    • L’huile possède des propriétés émollientes et la potasse contenue dans les cendres est un alcalin antiseptique indiqué pour les stomatites en neutralisant l’ acidité buccale.  

    • « certains préfèrent employer la cendre de quintefeuille en dentifrice. On fait encore bouillir la racine de molène dans du vin pour se laver les dents  ». Le quintefeuille est un astringent et le vin qui est un alcool éthylique possède des pouvoirs antiseptiques.   
    • « la cendre de la tête du lièvre est employée comme dentifrice. En y ajoutant du nard, elle atténue la mauvaise haleine  »
    • Le nard est une plante dont les racines offrent un parfum très estimé des Romains, destiné à enrayer la mauvaise haleine.

    •  « la cendre de l’osselet de bœuf, avec de la myrrhe s’utilise comme dentifrice  »
    • La myrrhe est une gomme résine odorante, astringente et antiseptique efficace contre les inflammations et ulcérations gingivales.

    •  « la cendre d’osselets de chèvre est estimée comme dentifrice ainsi que pour éviter de trop fréquentes redites, celles des osselets de presque tous les bestiaux …. La cendre de coquilles d’œufs est utilisée comme pâte dentifrice, on en fait aussi de la pierre ponce  ». Pline cite ici tous les ingrédients possibles pour obtenir une action abrasive.
    •  « pour donner bonne haleine, on conseille de se frotter les dents avec de la cendre de rat dans du miel ; certains y ajoutent de la racine de fenouil  » La racine de fenouil est une plante aromatique d’où son intérêt pour l’haleine. Le miel se charge d’adoucir la préparation et la cendre a une action abrasive.   
  • les gommes à mâcher  :
  • Pour supprimer une forte haleine, Pline préconise l’utilisation du persil.   

  • le cure-dents :
  • Pline déconseille la plume de vautour : «   se curer les dents avec une plume de vautour rend l’haleine aigre ; le faire avec un piquant de porc-épic affermit les gencives… .  » En fait, tout objet aux formes appropriées à cet usage pouvait s’improviser en cure-dents.   

  • les brosses à dent
  • les bains de bouche :
  • Pline en mentionne de nombreuses recettes dans lesquelles il utilise le vinaigre et ou le vin aux propriétés antiseptiques.

         

 3.2.3.  Les sources arabo-islamiques :

Abulcasis attache une grande importance aux maladies des tissus de soutien de la dent :

  • le tartre : «   il se dépose parfois à la surface interne ou externe des dents ou entre les gencives des concrétions grossières et difformes : les dents prennent une coloration noire, jaune ou verte, puis consécutivement, les gencives s’altèrent et les dents se déchaussent . »
  • les gingivites :  « il en est qui se sentent à la bouche une saveur de sang, leurs gencives sont tuméfiées et saignantes . » La gingivite est donc due d’ après lui à une stase sanguine, à un excès d’humeur.
  • les parodontites : «   quand les gencives se ramollissent par un excès d’humidité et que les dents branlent »
  • les épulis : «   les gencives sont souvent le siège d’excroissances charnues, que les anciens ont nommés épulis. »  

Les problèmes parodontaux sont traités par Abulcasis qui les soigne, tout comme les caries, par une première intervention à l’aide de plantes puis par

la chirurgie. L’hygiène tient classiquement une place importante dans la société arabo-islamique du Moyen Age et les écrits d’Abulcasis ne peuvent qu’en attester.

  • Le tartre :
  • Comme pour le soin des caries, Abulcasis décrit dans un premier temps la position de l’opérateur par rapport à son patient puis il décrit avec précision l’ ensemble des instruments à utiliser pour « ruginer » les dents. Il distingue plusieurs types de «rugines » de la même manière qu’il existe actuellement différents types de curettes en fonction de la dent et de la face à nettoyer : « Les rugines dont on se sert pour ruginer les dents à l’intérieur sont différentes de celles utilisées à l’extérieur et de celles qui servent à ruginer les faces interdentaires . »   

  • Les gingivites et parodontites :
  • Le procédé utilisé lorsque les gencives sont « ramollies » est assez similaire à la cautérisation des odontalgies et se fait à l’aide de cautères chauds que l’on place dans la dent. Une fois cette opération terminée, le patient doit se rincer la bouche avec de l’eau salée.

    Abulcasis se sert aussi de ventouses pour traiter les gingivorragies et les aphtes ou de sangsues sur les endroits où l’on ne pouvait utiliser de ventouses. La saignée locale des petits vaisseaux superficiels par les sangsues, les ventouses, avec ou sans scarification, est une thérapie courante.   

  • Les dents mobiles :
  • Abulcasis propose un procédé de ligature des dents mobiles : «   Si les dents antérieures sont branlantes, […] et que l’on ait inutilement traité par les médicaments astringents, il ne reste plus d’autre ressource que de les consolider par des fils d’or ou d’argent […] Telle est la manière d’établir cette sorte de réseau. Vous introduisez votre fil plié entre deux dents saines : avec les deux bouts de ce fil vous enlacez les dents branlantes, soit une, soit plusieurs, et vous prolongez votre réseau jusqu’à ce que vous dépassiez les dents branlantes et que vous atteigniez les dents saines. De là vous retournez en continuant votre lacis jusqu’au point où vous aviez commencé : vous serrez soigneusement et habilement de manière que les dents ne branlent plus. Vos fils doivent porter à la base des dents pour ne pas se déplacer. Vous coupez avec des pinces les deux bouts du fil exubérant, vous les tordez avec des tenettes et vous les placez entre une dent saine de telle sorte qu’ils ne blessent pas la langue […] Nous donnons ici la figure des dents ainsi que du réseau qui enlace les dents saines et les dents branlantes . »

         

3. 2.4. Guy de Chauliac :  

Une hygiène alimentaire basée sur des principes simples est préconisée par l'auteur français pour éviter les troubles dentaires. Les «   choses pourrissables,

comme sont les poissons et les laitages » sont à proscrire. De même, il faut éviter les écarts de température trop importants, les aliments durs « comme

des os [ou collants]comme les figues et confitures de miel. » . Enfin, il faut nettoyer souvent les dents et enlever les colorations, Guy de Chauliac recommande d’utiliser un dentifrice composé : «  d’os de seiche, coquillettes blanches de mer,porcelaines, pierre ponce,cornes bruslées, nitre, alun, sel gemme, souphre bruslé, racine d’iris, d’aristolochie, et de canne bruslée. Qu’on fasse poudre de tous ensemble ou de chacun à part . »

On n’utilise pas de brosse mais un petit linge qu’on imprégne de poudre dentifrice. La technique et les ingrédients utilisés restent donc inchangés depuis l’Antiquité… Pour favoriser l’action des dentifrices et eaux dentifrices, Guy de Chauliac conseille de pratiquer un détartrage mais il n’explique pas le déroulement de cet acte, ni ne décrit les instruments à utiliser.  

Lorsque les dents deviennent malgré tout mobiles, la thérapeutique parodontale apparaît guère efficace : «   Celle qui est faite par seicheresse, et faulte de nourriture, comme aux vieillards et aux phtysiques, ne guérit point : aux autres, les resumptifs y aident, et avec ce il faut evitez de mascher principalement des choses dures avec icelle dent, et parler moins : et qu’on ne la touche, ne esmeuve : et si c’est par corrosion, que l’on guérisse par corrosion. ». Pour améliorer le confort et la mastication, il reste, en dernier ressort, la ligature d’Abulcasis.  

En revanche pour les altérations de la muqueuse buccale, Guy de Chauliac propose quelques traitements médicamenteux, une fois de plus essentiellement à

base de vinaigre ou de produits astringents : «   Si donc tels ulcères corrosifs et chancreux sont ès gencives, elles estant premièrement frottées et exprimées du mauvais sang, soient souvent lavées de vinaigre cuit avec des feuilles d’olives, et que puis on y applique tel liniment : des deux aluns, et du sel bruslé, des galles, escorce de grenade, coquilles de gland, cannelle, clous de girofle, noix de muscade, aristolocjie,sauge, roses, os de dactes, jambes de chancres bruslées, et chacun une partie. Tout soit mis en poudre, et estant meslez avec ledit vinaigre et du miel, en soit fait liniment : ou bien soit appliqué en forme de poudre sur le lieu . »

Parallèlement à ces médicaments, Guy de Chauliac fait appel aux thérapies classiques comme la saignée à l’aide de ventouses ou de sangsues, ou encore la cautérisation.

  

 3.3.   Les extractions dentaires :   

  

 3.3.1. Soigner par les plantes :  

L’utilisation de plantes à visée thérapeutique générale est une constante depuis l’Antiquité et est encore actuelle. On n’est donc pas surpris de constater que la plupart des traitements proposés à l’époque médiévale étaient d’origine végétale (Perrot, 1984).  

Le domaine dentaire n'échappe pas à cette constante, et les plantes sont largement utilisées pour soigner les caries et leurs complications ainsi que les problèmes parodontaux. L' efficacité thérapeutique semble avoir été éprouvée à travers les siècles puisque l’on constate que Guy de Chauliac prescrit les mêmes remèdes qu’Hippocrate!

Une connaissance vaste des règnes minéral, végétal et animal permettait aux médecins de proposer une large gamme de produits à même de soulager la douleur ou de diminuer l’inflammation des tissus. Dans les différents écrits que nous avons sélectionnés, on constate que les plantes étaient omniprésentes dans la pratique médicale. Les remèdes étaient très variés, de même que les formes pharmaceutiques.Il faut néanmoins rester prudent quant à l’efficacité de certaines potions qui peuvent paraître à juste titre complètement aberrantes!   

Hippocrate utilise essentiellement des produits d’origine végétale, choisis dans un herbier de 300 plantes : «   La nature est le premier médecin des malades  ».     Galien préférait recourir à l’hygiène et à la diététique plutôt qu’à l’application extensive de remèdes, mais prescrivait si nécessaire l’une des nombreuses drogues décrites dans son ouvrage De simplicium medicamentorum temperamentis et facultatibus . Dans sa pharmacopée, on trouve :

  • des diurétiques : racine d’asperge et de valériane, pariétaire,
  • des purgatifs : ellébore, nerprun,
  • des narcotiques : mandragore, jusquiame, opium, belladone,…
  • des astringents : rose, noix de galle, ronce, alun, myrrhe,
  • des antiseptiques : aneth, anis, menthe, pouliot, vin, ail
  • des antibiotiques : euphorbe
  • des anti-hémorragiques : écorce de pin, ortie
  • des émollients : mauve, guimauve
  • des anti-spasmodiques : jusquiame, galbanum, menthe, myrrhe.

 

De nombreux auteurs ont recherché une approche pharmaceutique pour faciliter voire éviter l’extraction dentaire et ses complications.

Celse propose le procédé suivant : «   Si la douleur nécessite l’ablation de la dent, on introduit dans le creux de la dent, de la graine de poivre dépouillée de son écorce, ou des baies de lierre préparées de la même façon pour la faire éclater et tomber en morceaux . »   

Pline prône plutôt des remèdes « miracles » aux personnes désireuses de se soustraire à la tyrannie de la douleur sans pour autant en passer par l’ épreuve pénible et périlleuse de l’acte opératoire : «   Quant à la chenille du chou, elle fait par son contact tomber les dents… » « La peau dont se dépouillent les serpents au printemps, chauffée avec de l’huile et de la résine de taeda, introduite dans les dents creuses, a l’ avantage des les faire tomber sans souffrance ; […] on dit pourtant que la peau des couleuvres blanches même conservée, incorporée à de la cire, fait tomber les dents très rapidement. »

Il propose d’autres traitements dont les ingrédients sont moins difficiles à trouver mais toujours aussi répugnants!

Enfin pour clore ce paragraphe, il révéle qu’  «  il y a dans le blé far, un vermisseau semblable au térédon ; on lui attribue la propriété de faire tomber les dents cariées . »

Les « recettes » proposées par Pline bien que probablement inefficaces, nous permettent néanmoins de connaître une part des croyances populaires qui

surprennent à plus d'un titre!  

Les médicaments simples sont divisés en trois classes suivant leur origine minérale, animale ou végétale.

La liste des simples connus par Abulcasis est impressionnante et il recommande toujours de ne pratiquer l’acte chirurgical qu’une fois toutes les ressources

médicamenteuses épuisées. En ce qui concerne les thérapeutiques dentaires, la matière médicale constitue la base de tout traitement.   

Comme Abulcasis, Guy de Chauliac se base sur la théorie des quatre éléments pour classer les médicaments et pouvoir les utiliser à bon escient.

Le vinaigre est utilisé très souvent, servant d'excipient pour les médicaments renfermant souvent du poivre ou de la moutarde : «  Pour la matière froide, de quelque occasion qu’elle vienne, faites comme s’ensuit : de la paritoire et mercuriale médiocrement brûlées, seize drachmes : et du sel, onze drachmes : alun bruslé, cinq drachmes : sommitez d’origan, iris, poivre, pyrethre, coste, moustarde, de chacun trois drachmes : corne de cerf ou de bouc, amone ou cinamone, de chacun une drachme. Qu’on en fasse de la poudre, de laquelle soient frottées les racines des dents, et des gencives humides, non pas des seiches car il est enemy des seiches….». « Avicenne permet le vinaigre cuit avec la colocynthe, ou aristolochie, ou le pyrethre, asse puante, moustarde,escorces de capres, escorces de pin, mentastre, nielle, savonière, et semblables, et d’appliquer sur la dent un moyeu d’œuf rosty, chaud et du pain chaud : et l’eau ardent en cela est très bonne . » L’ail est aussi fréquemment employé. Quant aux médicaments qui permettraient l’avulsion des dents sans extraction chirurgicale, Guy de Chauliac reste assez sceptique et...on le comprend!

 

 3.3.2.  Les traitements chirurgicaux :

 3.3.2.1.   Les instruments :

  •  Les souces grecques :

    Les contemporains d’Hippocrate connaissent : la sonde, le bistouri, le cautère, la curette, les pinces et précelles, le miroir écarteur en cuivre, le davier ou odontagra . Mais l’avulsion n’est utilisée qu’en dernier recours lorsque les dents sont déjà bien mobiles, il est bien connu, en effet, qu l’extraction de dents solidement ancrées dans la mâchoire se solde souvent par des échecs pouvant aller jusqu’à la mort.  

    Dans son ouvrage de chirurgie, Galien évoque entre autres :

    • l’odontagra, ancêtre du davier, à mors droits ou courbes
    • le rhizagre, pour l’extraction des racines, à mors très fins
    • les volselles, sorte de petites pinces
    • le fer ardent utilisé lors d’inflammations de la gencive
    • les sondes qui peuvent être utilisées entant que stylet, fouloir ou grattoir
    • les scalpels
    • le péricharactère comparable aux actuels syndesmotomes
    • le grapheiôn, stylet utilisé pour l’extraction des dents.   

    Il existait aussi des instruments pour la trépanation des dents atteintes de pulpite.

  •  les sources romaines :

    Celse, en accord avec la plupart de ses contemporains n’envisageait l’extraction dentaire qu’en dernier recours. Les instruments utilisés sont simples mais efficaces et annoncent leurs analogues actuels. On retrouve exactement les mêmes instruments que ceux utilisés par les Grecs : odontagra, rhizagre, etc. On dénombre aussi l’existence de gouges, curettes, forceps, élévateurs, rugines et limes.

  •  les sources arabo-islamiques :

    Abulcasis offre, dans le Tasrif, une liste des instruments à utiliser, qui par ailleurs, bénéficient de superbes représentations, ce qui constitue la plus importante des particularités de cette encyclopédie : en effet, les ouvrages contemporains sont très peu, voire pas du tout, illustrés. L'instrumentation décrite est très complète, «   Sachez que les instruments pour les dents sont nombreux […] »   mais Abulcasis prend le temps d'ajouter : « Un praticien intelligent et exercé dans son art saura inventer de nouveaux instruments en raison de chaque circonstance et de chaque maladie! ». Plus loin il décrit les pinces qu’il faut utiliser pour l’extraction : «   les pinces avec lesquelles vous commencerez par ébranler la dent seront longues : leurs extrémités courtes et leurs manches épais, afin de ne pas ployer pendant l’opération […] Le fer sera d’Inde ou trempé, le travail sera soigné, les branches droites ; leurs dents s’ajusteront parfaitement les unes dans les autres, afin que l’on puisse saisir solidement et sûrement. »

  • Guy de Chauliac :
  • Comme d’autres chirurgiens de la fin du Moyen Age (Henri de Mondeville, par exemple) n’apporte pas à la chirurgie dentaire de nouveaux instruments, utilisant ceux préconisés par Abulcasis, d’ailleurs assez semblables à ceux utilisés encore actuellement !

  

 3.3.2.2. Protocole opératoire :

  •  Les sources grecques :

    Hippocrate se présente plus comme un stomatologue qu’un dentiste, il évoque peu les extractions dentaires contrairement à Galien qui décrit ainsi les modes opératoires  :

    • première solution :
    • protection des dents voisines avec un opercule de cire ; application de vinaigre de pyrèthre qui permet d’ébranler la dent sur laquelle il est appliqué ; attendre une heure ; extraire les dents avec les doigts ou avec un grapheiôn.   

    • deuxième solution :
    • piler des coloquintes amollies dans du vinaigre ; tremper dedans le péricharactère ; détacher la gencive autour de la dent avec cet instrument ; fermer la bouche pour permettre au médicament d’agir ; extraire avec les doigts sans douleur, si la dent ne tombe pas d’elle-même.   

    Pour ébranler les dents, Galien propose soit du suc d’euphorbe, des graines d’orties et de galbanum (tome XII, p864), soit : « Entoure la dent avec du levain, laisse un certain temps, lave-la tout autour avec du sang de lézard, et elle tombera » (tome XIV, p430)

    On constate, une fois de plus, que le traitement phytothérapique est indissociable de l’acte chirurgical.

  •   Les sources romaines :

    Celse décrit l’extraction de façon plus précise que ses prédécesseurs.   

    1° étape : l’anesthésie :

    «   On emploiera en   application autour de la dent une composition énergique: suc de pavot (une partie), poivre (deux parties), sory (trois

    parties). Le tout incorporé à du galbanum. Contre la douleur, l’expérience de montagnards prouve l’efficacité d’une inhalation de vapeurs d’ infusion de la menthe sauvage . »

    Le pavot est un narcotique connu, quant au galbanum et à la menthe, ils ont un effet antalgique par leurs propriétés antispasmodiques.   

    2° étape : l’intervention chirurgicale :

    Voici la célèbre description de l’extraction dentaire d’après Celse : «  On doit la racler tout autour pour en détacher la gencive, puis la secouer jusqu’à ce qu’elle soit devenue bien mobile car l’avulsion d’une dent adhérente est très dangereuse, et détermine même parfois la luxation du maxillaire inférieur. Le péril est encore plus grand pour les dents d’en haut, car les tempes et les yeux peuvent être ébranlés. Alors si

    c’est possible, on extrait la dent avec les doigts ; sinon avec un davier ; si elle est creuse, on remplit d’abord le trou de charpie ou de plomb bien préparé pour empêcher la dent d’ être brisée par l’étreinte de l’instrument. Il faut retirer le davier verticalement de peur que, par l’inclinaison des racines, la partie alvéolaire de l’os où la dent est implantée, n’éclate en quelque point. Ce danger est surtout à craindre pour les dents courtes dont les racines sont ordinairement assez longues. Souvent, en effet, le davier ne pouvant saisir la dent ou le faisant à faux, pince l’os de la gencive et le brise.  »

  •  Les sources arabo-islamiques :

    « Avant de commencer, mes enfants, sachez que le sujet de ce livre est plus grave que celui du premier où il était traité de la cautérisation. Il faut donc y apporter une attention plus grande. En effet, les opérations qui seront exposées dans ce livre s’accompagnent souvent d’effusion de sang, [ …], toutes choses dont l’issue peut être incertaine, périlleuse et fréquemment cause de mort . » C’est ainsi qu’Abulcasis met ses étudiants en garde quant aux traitements chirurgicaux.   

    Dans son chapitre sur les extractions dentaires, on trouve ce qui suit :

    « Vous devez combattre les affections des dents par tous les moyens et toutes les ressources dont vous disposez, et différer autant que possible leur extraction. En effet, les dents une fois arrachées, ne peuvent plus se remplacer, car c’est une noble substance . »

    Abulcasis était donc un praticien conservateur, reculant le plus possible l’extraction, d’autant plus que cet acte pouvait provoquer des complications.

     Remarquons qu'un autre chirurgien arabe  : Rhazès, plus réticent en ce qui concerne les extractions, préconise l’extraction par éclatement, grâce à des préparations à base de coloquinte, de salpêtre et de vinaigre.

    On retrouvera cette dualité entre extraction médicamenteuse et chirurgicale tout au long du Moyen Age.

    Abulcasis décrit l’extraction chirurgicale ainsi : «   S’il est absolument nécessaire de les arracher et que telle soit la volonté formelle du malade, il faut attendre jusqu’à ce que vous soyez assuré quelle est la dent douloureuse. […] Une fois que vous êtes bien certain de l’identité de la dent douloureuse, il faut inciser tout autour avec un bistouri d’une certaine force et écarter la gencive de tous les côtés. Vous agirez ensuite sur la dent avec le doigt ou avec des pinces légères, petit à petit, jusqu’à ce qu’elle branle. Saisissez-la solidement avec de fortes pinces, après avoir placé la tête du malade entre vos genoux et l’avoir fixée de manière qu’il ne puisse remuer. Tirez sur la dent dans le sens de sa longueur pour ne pas risquer de la rompre. Il est possible qu’elle sorte ; si non, introduisez un instrument en dessous, de tous les côtés et avec soin, puis essayez de l’ébranler comme la première fois. Si la dent est percée ou cariée, vous en remplirez la cavité avec du linge que vous presserez fortement avec la pointe d’un stylet fin pour qu’elle ne se laisse pas pénétrer quand vous la saisirez avec les pinces. Faites avec soin des incisions autour des gencives de tous les côtés. Gardez vous bien de la casser, car il en resterait une portion qui occasionnerait   au malade des souffrances plus fortes que d’abord. […] Après l’extraction, le malade se gargarisera avec du vin ou avec du vinaigre et du sel. S’il arrive une hémorragie, ce qui est fréquent, mettez sur la plaie du vitriol en poudre et si cela ne suffit pas, cautérisez . »   

    Le chapitre qui suit traite de la manière d’extraire les «   racines des dents et des fragments d’os maxillaire rompus ». Cette opération s’avère plus délicate qu’une extraction simple. Abulcasis décrit l’ensemble des situations auxquelles on peut être confronté et les instruments à utiliser dans chaque cas. C'est la première fois   que l’on a accès à des informations cohérentes concernant la pratique de l’extraction dentaire, Paul d’Egine n’ayant pas autant approfondi la question.   

    Pour ce qui est de l’anesthésie, Abulcasis n’apporta pas de nouvelles connaissances dans ce domaine, utilisant comme ses prédécesseurs le chanvre indien et la jusquiame : en cas d’odontalgie, il envoie des fumées de jusquiame brûlée, à l’aide d’un entonnoir, dans la cavité carieuse, pour détruire le "ver" !… [ à propos de ce mythe cf. Le Gulludec, 1992].

  •  Guy de Chauliac :

    Pour ce qui est des extractions, Guy de Chauliac s’appuie sur les écrits d’Abulcasis qu’il cite maintes fois en exemple et qu'il plagie souvent. (voir ci-après) : «   Quand tu auras fait ton possible dit Abulcasis, de remédier aux dents par médicaments, et cela n’y sert point, assure-toy de la dent doloreuse, afin que tu ne sois pas abusé, et que tu ne prennes la bonne pour mauvaise. Et lors ayant mis le patient en lieu clair entre tes genoüils, déchausse la racine de la dent tout à l’entour, et ébranle habilement et parfaitement, afin que n’advienne au patient une mauvaise maladie d’œil ou de l’os de la maschoire. Puis prends la avec des tenailles, et l’arrache, et la tire avec ses racines. Et ce peuvent estre des tenailles semblables à celles desquelles on relie les tonneaux, ou arrache la avec un eslevatoire simple, ou fourchu. Et s’il demeure quelque racine, qu’on la cherche avec instruments et qu’on l’arrache, et qu’en après il lave la bouche avec du vin et du sel : et si tu peux y adjouter de l’alun ou du vitriol, à cause du flux de sang, tu peux le faire. Et finalement, soit incarnée la fente avec du vin, myrrhe et encens . »   

    Les extractions ne sont pas les seules interventions chirurgicales de la sphère buccale connues de Guy de Chauliac.

    • Les abcès doivent être « ouverts par le fer  » si aucun traitement médicamenteux n’en est arrivé à bout
    • Si les fistules ne sont pas détruites par les applications d’eau forte ou d’arsenic, il conseille «   que l’on descouvre l’os tant qu’il sera possible : et ce qui sera corrompu soit cautérisé avec une esprouvette d’argent ou d’arain : et puis y soit pourveu come il sera besoin.  »

    De même, Guy de Chauliac traite les grenouillettes, les freins de la langue courts ou les « passions de la luette » toujours selon les prescriptions d’Abulcasis.   

    Il reconnait les douleurs dentaires comme étant parmi les plus douloureuses et se préoccupe beaucoup de la maîtrise de cette douleur : «   On iuge

    qu’entre les passions de tout le corps, de laquelle on plaint moins l’homme, la douleur des dents est a plus griefve . » Il se sert surtout

    d’opium connu pour ses propriétés calmante, narcotique et analgésique, mélangé à d’autres plantes. On retrouve parmi celles-ci, le galbanum, un antispasmodique, la mandragore aux propriétés calmantes et soporifiques ou encore la laitue, sédative et hypnotique.   

    Ces plantes sont utilisées de trois façons et permettent l’anesthésie locale de la dent ou de la zone douloureuse :

    •  en application locale :  « semence d’hyoscyame blanc, opion, styrax, galban, de chacun deux drachmes : poivre, asse puante, de chacun une drachme. Soient confits avec du vin cuit caillé et soit mis sur la dent endolentie . »
    •  en bain de bouche : «   que l’on tienne en bouche du vin de la décoction de la racine de mandragore ou d’hyoscyame . »
    •  dans l’oreille  

    Guy de Chauliac connait aussi l’anesthésie générale, obtenue par l’ingestion d’un opiacé ou par l’inhalation de vapeurs émanant d’une éponge soporifique : «  Quelques-uns comme Théodoric, administrent des médicaments qui endorment, afin que l’on ne sente l’incision : tels sont l’opion, le suc de moelle, la jusquiame, la mandragore, le lierre, la cigüe, la laitue. Il s imprègnent de ces sucs une éponge neuve et la laissent sécher au soleil. Quand il en est besoin, ils mettent cette éponge dans de l’eau chaude et le donnent à respirer au patient jusqu’à ce que le sommeil lui vienne . »

        

3.4. Et la prothèse ? :

  

Il est intéressant de constater que bien que la pose de prothèses dentaires reste un fait avéré chez les Romains, elles s'avèrent assez rares durant le Moyen Age, même si on sait d’après certains textes qu’elles existaient. Ainsi Guy de Chauliac précise ceci : «   Et s’ils tombent, qu’on y mette des dents d’un autre, ou qu’on en forge d’os de vache, et soient liez finement, et on s’en sert longtemps.  »

  

4 - CONCLUSION :

 

Le Moyen Age reste une période mal connue du grand public et passe - à tort - pour  une « parenthèse » de l’Histoire, dominée par la léthargie, la superstition et   l’obscurantisme intellectuel. La pratique dentaire ne déroge pas à la règle et nombre d’individus persistent à caricaturer l’Homme médiéval comme un être répugnant au sourire clairsemé et à l’haleine fétide. Qu’en est-il réellement ? Nous avons donc posé, à travers cette étude, la question de la pratique dentaire au Moyen Age. Le dentiste occupe une place particulière au sein de la société médiévale. Durant le Haut Moyen Age, cette fonction est assurée par le clergé qui détient seul le savoir des Anciens. Ce n’est qu’au X° siècle que la pratique chirurgicale passe aux mains des laïcs, la dentisterie étant reléguée aux barbiers. Mais le métier de dentiste n’est pas reconnu en tant que tel et sages femmes, rebouteux et autres charlatans sans compétence exercent aussi cet art : l’ « arracheur de dents » ne jouit pas d’une très bonne réputation… Pourtant on devait faire appel à lui ainsi que le témoigne notre étude des Textes Anciens. En effet, la médecine médiévale occidentale est basée sur l’étude des manuscrits antiques traduits et compilés par les moines, les médecins arabo-islamiques et plus tard par les chirurgiens européens, chacun reprenant ce qui est connu et rajoutant les connaissances acquises avec l’expérience. On apprend à travers ces Textes que de nombreuses thérapeutiques étaient connues pour soigner les algies dentaires ; ces remèdes surprennent d’ailleurs par leur cohérence. Certes l’Homme médiéval a une hygiène bucco-dentaire qui laisse à désirer, mais on sait soulager, soigner et s’il le faut, intervenir le bistouri à la main. Le « dentiste » du Moyen Age transmet ses connaissances aux générations futures, et permet ainsi l’avènement de la Médecine et de l’Odontologie à la Renaissance.

    

BIBLIOGRAPHIE :

  

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Briau (R), 1855. Chirurgie de Paul d’Egine. Paris, Editions Masson.   

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Védrenes (A), 1876. Traité de médecine de A.C. Celse  : traduction nouvelle. Editions Masson, Paris.

 

WEBOGRAPHIE :   

http://www.bium.univ-paris5.fr/ : site de la Bibliothèque Interuniversitaire de Médecine de Paris, permettant l'accès à une Histoire de l'Art dentaire ainsi qu'à une traduction des Textes Médicaux Anciens en version intégrale.

www.academiedentaire.org : les dents, leurs maladies et leur traitement dans la médecine romaine.

http://perso.wanadoo.fr/raoul.perrot/ : les traumatismes médiévaux et leur traitement par la matière médicale.

   

ANNEXE BIOGRAPHIQUE  (adaptée de la notice biographique introduisant la traduction des différents textes médicaux que nous avons utilisée, pour notre article).

 

Hippocrate

Né d'une famille vouée au culte d'Asclépios, le dieu grec de la médecine, Hippocrate apprend la médecine sacerdotale et l'anatomie auprès de son père, Héraclide. Puis il quitte son île natale (Cos) et commence un périple qui le mène en Thrace, en Thessalie et en Macédoine. Devenu médecin itinérant, il acquiert une solide réputation en tant que praticien. Il regagne alors Cos et fonde son école vers l'an 420 av. J.-C. Plus tard, il montera une nouvelle école en Thessalie où il mourra vers 370 av. J.-C.  En Grèce, la maladie est longtemps vécue comme un châtiment divin, un maléfice ; soigner la douleur, c’est apaiser les dieux. Magie et superstition servent de thérapeutique. La pensée d’Hippocrate   vient s’inscrire en faux contre de telles pratiques, soutenant avec force que les maux proviennent de causes naturelles comme en atteste le Corpus Hippocratum , principale œuvre du célèbre médecin. Il est le premier à séparer la médecine de la philosophie et déclare : «   toutes les maladies ont leur nature propre et chacune d’elles a une cause autre. Toutes ont leur nature propre et chacune d’elles a une cause naturelle. Sans cause naturelle, aucune maladie ne se déclare.  » Sa théorie médicale repose sur les altérations des humeurs de l’organisme : « La santé dépend du bon équilibre les uns des autres de ces principes (le sang, le phlegme, la bile jaune, la bile noire), de leur composition, de leur force, de leur quantité et de leur parfait mélange » . La renommée d’Hippocrate est telle qu'elle efface presque tous les autres médecins si bien que beaucoup d'écrits de ses prédécesseurs (ou de ses contemporains) et même de ses successeurs sont confondus et inscrits sous son nom. Ainsi, la Collection Hippocratique renferme environ soixante volumes; mais il est difficile de savoir avec précision comment s'est formée cette collection et où ont été puisés les éléments qui la constituent. Signalons qu’en Grèce, l’art dentaire n’existait pas en tant que profession autonome et c’est ce qui explique qu’Hippocrate rédigera les passages de ses livres sur l’art dentaire en tant que stomatologue et non pas en odontologiste. D’autre part il n’existe pas d’ouvrage entièrement dédié aux maladies dentaires et à leur traitement, il faut donc puiser ça et là dans ses oeuvres pour y découvrir ce qui concerne ce sujet.

  

Galien   

Né à Pergame en Asie Mineure, dans une famille de notables, en 131 après J-C., où se trouvait un lieu saint dédié au dieu grec de la médecine Aesclépios, il commence des études de philosophie dans sa ville natale. Il observa tout jeune les techniques médicales d'anatomie de l'époque puis reçut sa formation de médecin à Smyrne, Corinthe et Alexandrie et entreprit de nombreux voyages autour de la Méditerranée, pendant dix ans, pour élargir ses connaissances auprès des médecins les plus réputés de l'époque. De retour à Pergame en 160, Galien devient médecin de l'école des gladiateurs ce qui lui permît de faire de notables progrès en chirurgie. Vers l'an 163, son ambition le pousse à s'installer à Rome où il se rendit célèbre auprès des plus hautes personnalités en vue, d'une part pour ses capacités à faire un diagnostic médical, d'autre part pour son enseignement qu'il illustre de démonstrations anatomo-physiologiques spectaculaires qui attire une foule de curieux. Vers l'an 169, l'empereur Marc-Aurèle l'engage comme médecin personnel et lui confie la santé de ses fils. Galien passa sans doute le reste de son existence à Rome où il exerça son art auprès de la plus riche clientèle. Galien meurt à Rome ou à Pergame vers 201. L’étendue de son œuvre est très importante et, tout en empruntant à ses devanciers ce qui lui parut raisonnable ou utile à ses conceptions, Galien élabora une doctrine personnelle qui marqua énormément la profession médicale.

  

Paul d’Egine  

Paul d’Egine vit le jour sur l’île d’Egine (d'où son nom) et l’apogée de son œuvre se situe vraisemblablement vers le milieu du VII° siècle , bien que ses dates de naissance et de mort ne soient pas certaines. On ne sait ni sous quels maîtres ni dans quelles écoles il puisa ses connaissances mais on suppose qu'il fit ses études à Alexandrie. Il était considéré comme un périodeute, c’est- à- dire un médecin ambulant et fit par conséquent de nombreux voyages. Son œuvre est très complète et quoiqu’elle soit à proprement parler une compilation des connaissances des Anciens, on se tromperait gravement si on la considérait comme une compilation servile où rien n’est remis en cause. Paul d’Egine ferme l’ère de la médecine classique grecque, en la résumant d’une manière concise mais aussi complète que possible.

  

Celse  

Médecin romain sous les règnes d’Auguste et de Tibère (de la fin du 1er siècle avant J.C. au début du 1er après J.C.), Aulus Cornelius Celsus, qui serait né à Vérone est surnommé le Cicéron de la médecine de par l’œuvre médicale importante qu’il nous a laissée. A l’instar de Pline l’Ancien, Celse est un naturaliste encyclopédiste s’intéressant à des domaines aussi variés que l'agriculture, l'art militaire, la rhétorique, la philosophie, la jurisprudence et la médecine. Il se démarque de ses contemporains cultivés en écrivant non pas en langue grecque mais en latin. Son œuvre De Artibus constitue une véritable encyclopédie mais seul le De Re Medica, sixième livre de l’ouvrage, nous est parvenu intact, reprenant l’ enseignement d’Hippocrate dans un style plus succinct et moins obscur. Celse y réaffirma que le médecin devait toujours soumettre sa pratique aux règles de la raison et faire preuve de rigueur professionnelle tant morale qu’ intellectuelle. Il nous renseigne sur les qualités requises pour la pratique de la profession : « Il faut que le chirurgien soit jeune ou proche de la jeunesse. Il doit avoir la main habile et ferme, jamais tremblante et savoir se servir aussi aisément de la gauche que de la droite. Sa vue sera claire et perçante, son cœur inaccessible à la crainte et à la pitié, soucieux avant tout de guérir le malade, loin de se laisser émouvoir par les cris et de montrer plus de précipitation que le cas ne l’exige ou de couper moins qu’il ne faut ; il poursuivra son opération comme s’il n’ entendait pas les plaintes du patient . »

  

Pline l’Ancien   

Pline n’était pas un médecin, mais l’un des plus grands écrivains de son temps. Né en 23 après J-C, dans une riche famille à Cômedans le nord de l'Italie, Pline suit à Rome les cours de l'école des Rhéteurs. En dépit des lourdes tâches de sa carrière administrative, Pline occupe la plus grande partie de son temps à d’innombrables lectures dont il fait des résumés. La dernière partie de sa vie est dévolue à une vaste compilation (trente-sept livres) dédicacée à Titus : son Histoire naturelle . Pline assure qu'il a utilisé plus de deux mille volumes pour rassembler la matière de cette vaste enquête sur la Nature. Il y consacre tout son temps libre. À tout moment, pendant ses repas ou en voyage, il a toujours à ses côtés un lecteur et un copiste auquel il dicte des extraits de ce qu'il entend lire Il mourut en 79, victime de sa curiosité en étudiant l’éruption du Vésuve qui ensevelit Pompéi.

Son Naturalis Historia est un mélange d’éléments vécus, de traditions et d’observations qui constitue une source abondante de renseignement sur les pratiques médicales de son époque.

    

Abulcasis de Cordoue  

Abulcasis est né au cœur même du royaume omeyyade d’Espagne à Al Zâhra. Il est communément admis qu’ Abulcasis naquit aux alentours de 936 et qu’il mourut en 1013. Il passa sa vie en Andalousie où il soigna une clientèle très diverse composée d’esclaves, de musulmans, de chrétiens, de juifs et même des hautes personnalités du royaume. Il enseigna à l’école de médecine de Cordoue et fort de toutes ces années de pratique, il conçu une encyclopédie médicale très riche composée de trente volumes : le Kitab al-Tasrif. Le livre traitant de chirurgie, traduit en latin au XII° siècle, renferme de nombreuses descriptions d’interventions chirurgicales et de la sphère oro-faciale. Sa vraie originalité réside dans les nombreux dessins d’instruments chirurgicaux qui illustrent les propos du Maître. Malgré les emprunts non dissimulés qu’il fit aux auteurs Anciens comme Hippocrate, Galien ou Paul d’Egine, Abulcasis, grâce à son sens inné de l’observation, sa volonté de faire partager son savoir et de former de vrais médecins, a eu une influence décisive sur la médecine européenne du Moyen Age.

  

Guy de Chauliac :   

La vie et l’œuvre de Guy de Chauliac furent très influencés par des périodes historiques et politiques où alternaient la lumière et la mort. Guy de Chauliac naît à la fin du XIII° siècle en Auvergne et fut instruit par l’Eglise devenant clerc, titre indispensable à cette époque pour avoir accès aux études supérieures. Après de longues études accompagnées de nombreux voyages, Guy de Chauliac devint non seulement chirurgien mais surtout un clerc en médecine qui pratiquait la chirurgie. Il s’installe à Lyon où il obtient le titre de chanoine de l’Eglise de Saint-Just ; Guy de Chauliac exerça vraisemblablement à l’hôpital qui était adjoint au cloître. En 1348, Guy de Chauliac est un témoin privilégié de jours catastrophiques puisque la peste sévit en Avignon où il fut appelé. Passée l’épidémie, Guy de Chauliac poursuit sa progression dans la hiérarchie ecclésiastique jusqu’à devenir le premier médecin du pape Urbain V. L’œuvre de Guy de Chauliac qui nous intéresse ici est La Grande Chirurgie écrite en 1363 : cet ouvrage fut conçu dans le but de transmettre les connaissances pratiques et théoriques de son temps et , Guy de Chauliac, humble et honnête, précise que son œuvre regroupe surtout les idées des maîtres Anciens, corrigées par des analyses critiques issues de sa propre expérience. Malgré cette précision, l’influence de son ouvrage fut énorme sur la pratique médicale et ce, durant plus de quatre siècles. Il est le premier défenseur de la profession de dentiste et refuse que les opérations des dents soient exercées par des "coureurs", le chirurgien ne devant pas renoncer aux extractions. Guy de Chauliac meurt en 1368.

 

 

 

 

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PALEOBIOS , 14 / 2006 / Lyon-France ISSN 0294-121X / Apport des textes médicaux anciens dans la connaissance des pathologies bucco-dentaires et de leur traitement au Moyen-Age [M.Lutz, R.Perrot & C.Ribaux] .