Emplâtre [retour Glossaire]

Ce terme [du grec emplastrôn (de emplassein), appliquer sur] désigne un m édicament de consistance élastique, mou à la température du corps, ce qui permet de 1'étaler en le modelant sur la zone que l'on veut soigner. L'emplâtre ne contient pas d'huile (ou de corps gras) à la différence de 1'onguent.


Les emplâtres sont très en vogue dans l'Antiquité : Celse , en cite un grand nombre : nous donnons ci-après, en un tableau récapitulatif, les principaux emplâtres employés qu'il employait, dans le traitement des plaies, des fractures et autres blessures ("De Medicina", Livre V) :

Emplâtre

Chapitre /paragraphe)

Utilisation

barbare noir

XIX, 1

Sur les plaies sanglantes

ennêapharmaque

XXVI, 28 à 30

Appliqué sur une plaie béante, facilite la régénération des chairs

hécatée (d')

XIX, 15

Attractif

Judée (de)

XIX, 1 1

Dans les fractures du crâne

lipare

XXVI, 35

Topique adoucissant les plaies une fois la cicatrisation commencée

Philocrate (de)

XIX, 14

Attractif et suppuratif

rhypode

XXVI, 28 à 30

Appliqué sur une plaie béante, facilite la régénération des chairs

tétrapharmaque

XXVI, 28 à 30

Appliqué sur une plaie béante, facilite la régénération des chairs

vert alexandrin

XIX, 17

attractif dans les blessures des nerfs et des tendons

Au Moyen-Age, tous les chirurgiens les emploient. Les formules proposées sont variables selon l'auteur et le but recherché avec cependant quelques constantes. De façon générale, il faut noter que le nombre des produits utilisés varie de 2 à 3, au mininum (cas rare) à une douzaine (cas le plus fréquent) [cette remarque est valable également pour deux préparations fameuses : les hières et la thériaque] :

  • Abulcasis de Cordoue utilise 8 emplâtres dans les fractures, les luxations et les entorses : à titre d'exemple, voici les formules des quatre, les plus représentatifs de sa pharmacopée  :
    • Farine folle de moulin et blanc d'oeuf, mélangés en une pâte de consistance moyenne.
    • Acacia, ladanum, haricots, hélénium, mougats [ou mourats : serait d'après les auteurs arabes, la racine du grenadier sauvage ou une espèce d' hermodactyle ] , souk [composition astringente contenant toujours des galles] , dix drachmes de chaque ; aloès, myrrhe, 5 drachmes de chaque ; terre d'Arménie, tamarisc oriental, 20 drachmes de chaque. Mélanger le tout et tamiser. Ajouter un peu d'eau de tamarisc ou du blanc d'oeuf.
    • Laine en suint, trempée dans du vinaigre et de l'huile qui ont bouilli.
    • Feuilles de figuier et de pavot champêtre, trempées ensemble et appliquer frais.

    Pour faciliter la régénération des chairs, l'auteur arabe emploie un emplâtre composé de cire, poix, résine, suif de taureau (ou de veau), en part égale : la formule est celle du tétrapharmaque, un des emplâtres de Celse !

  • Parmi les nombreux emplâtres employés par Henri de Mondeville, retenons celui dit "capital de Bétoine" , pour les plaies de la tête [cet emplâtre est également préconisé par Guy de Chauliac : cf. ci-après] . Formule : ache, jus de betoyne, plantain, 1 livre de chaque ; résine et cire, 1 quarteron de chaque. Préparation : faire cuire l'ensemble jusqu'à obtention d'une pâte épaisse à laquelle on ajoutera 1 livre de térébenthine.
  • De Guy de Chauliac, donnons à titre indicatif, deux emplâtres.
    • L'emplâtre de centaurée est utilisé dans les plaies de la tête : Ingrédients : petite centaurée, 6 poignées ; vin blanc ; lait de femme [!], 2 onces ; térébenthine, 1 livre ; cire neuve, 1 quarteron ; résine, 1/2 quarteron ; encens, mastic, gomme arabique, 1 once de chaque. Préparation : tremper la centaurée une nuit dans le vin blanc ; cuire jusqu'à réduction de moitié ; tamiser ; faire bouillir la colature jusqu'à ce qu'elle prenne la consistance du miel ; en prendre 3 onces et y ajouter tous les autres ingrédients.
    • Emplâtre à mettre sur une jambe fracturée, 12 à 15 jours après : farine volatile [c'est la Farine folle de moulin] , poudre rouge, blanc d'oeuf [cet emplâtre est une imitation de celui d' Abulcasis ].

 

[page révisée le 04/03/2013]

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