Tétanos [retour Glossaire]

 

Cette grave complication des plaies et des interventions chirurgicales, où le champ opératoire a été involontairement souillé de terre, est bien connue des Anciens.

Hippocrate ne cesse d'y faire allusion, tout au long de son oeuvre : de nombreux Aphorismes ainsi que des Sentences des Epidémies traitent du spasme tétanique :

 

"Si un spasme survient à la suite d'une blessure, il est mortel".

 

"Les malades atteints de tétanos sont emportés en quatre jours. Ceux qui dépassent ce terme guérissent".

 

"La chaleur fait suppurer certaines plaies et fournit dans ce cas un signe important de guérison. Elle assoupit et amincit la peau, calme la douleur, les frissons, les spasmes et les contractures (...). Elle est particulièrement bénéfique dans les fractures surtout lorsque l'os est à nu ; dans les plaies de la tête".

 

"Lorsqu'une plaie s'accompagne de tuméfaction, le malade est peu exposé aux convulsions et au délire. Mais la disparition brusque de la tuméfaction annonce l'une des complications suivantes : si la plaie est située derrière : des convulsions et du tétanos ; si elle est située devant: du délire, des douleurs aiguës du thorax "

 

"Si après une blessure importante et grave, il ne se produit pas de tuméfaction, le pronostic est très mauvais". (Aphorismes, section V, n° 2, 6, 22, 65 et 66, Trad. P. Theil, 1957).

 

"A Larisse, Scamandre eut la hanche frappée de sphacèle, et un déquestre se détachait lentement ; on lui fit une incision grande et jusqu'à l'os ; puis on le cautérisa. Alors, le douzième jour de l'incision commença un spasme qui alla en augmentant : la jambe du côté malade était tirée jusque sur les côtes ; le spasme passait aussi de l'autre côté ; la jambe se fléchissait et s'étendait ; elle mettait en mouvement les autres parties, les mâchoires se fixèrent. Cet homme mourut dans les spasmes le huitième jour après l'invasion des accidents spasmodiques".

 

"Celui qui fut blessé d'un trait aigu en arrière, un peu au bas du cou, avait une plaie en apparence sans importance car elle ne pénétrait pas en profondeur. Mais, au bout de quelques temps, le trait ayant été retiré, le blessé fut saisi de contractions en arrière, semblables à celles de l'opisthotonos ; les mâchoires devinrent rigides ; s'il prenait quelque liquide dans la bouche et qu'il s'efforçât de l'avaler, le liquide revenait par les narines, et aussitôt les autres accidents s 'aggravaient ; il mourut le second jour". (Epidémies, L.V, sentences 15 et 47, trad. P. Theil, 1965).

     

Ces deux extraits sont très évocateurs de l'esprit d'observation de Hippocrate , en particulier en ce qui concerne le trismus.

Au Moyen-Age, tous les chirurgiens connaissent le tétanos, souvent qualifié de convulsions : ils distinguent deux types de convulsions : sèche et humide. Il semble que ce soit la seconde qui corresponde au tétanos.

Guy de Chauliac a résumé d'une façon fort intéressante les idées et les traitements utilisés par ses prëcédesseurs tels : Avicenne, Avenzoar, Averrhoès, Rhazès, Roger, Théodoric, etc.

Guy donne une excellente définition du tétanos, qui n'est pas sans rappeler celle de Hippocrate :

"Les signes communs sont, difficile mouvement des membres, tension du col, contraction des lèvres, comme s'il voulait rire, estroitesse des maschoires, dents et gosier : estorsement des yeux et de tout le visage ".

Le traitement dans la convulsion sèche est : "le baing et après le baing une onction d'huile humide et que cela soit souvent réitéré". Sur les articulations et au point de départ des muscles, Guy préconise d'appliquer un mélange d' huile et d' eau où auront cuit "feuilles de saule , orge , violettes et nênufar ".

Dans la convulsion humide Guy et la plupart des chirurgiens recommandent des onctions à base d'onguent, où entrent de nombreuses substances, comme : huile muscellin, petrehuile , styrax , calamite , huile castorin, graisse de limace rouge.

Guy indique aussi : "qu'un baston soit tenu entre les dents, afin qu'elles ne se ferment pas du tout". Par contre son dernier conseil est très discutable : "Et si on n'y peut faire autre chose, le nerf qui mande la nuisance soit totalement retranché, comme Rhasis le conseille : car il vaut mieux perdre l'action d'un membre, que de tout le corps" !

    [page révisée le 14/06/2009]

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