Guillaume de Salicet ( 1201-1277 )

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1 - Notice biographique [d'après P. Theil, 1969]

Guglielmo de Saliceto est né vers 1201 à Saliceto (d'où son nom) petit hameau, à quelques kilomètres de Plaisance, en Italie. Il reçoit la tonsure dans l'ordre des Dominicains. Sa carrière professorale commence à Vérone en enseignant la Physique [c'est-à-dire la médecine par opposition à la chirurgie : l'anglais actuel a conservé ce terme : un physician étant un docteur en médecine] , mais c'est surtout à Bologne qu'il va s'illustrer, et en devenir une des gloires. Salicet représente parfaitement l'heureuse alliance entre médecine et chirurgie. Maître de Guido Lanfranchi et de Henri de Mondeville, il va susciter à travers eux, l'esprit chirurgical de la France du XIV°. Auteur de deux ouvrages médicaux, c'est sa Cyrurgia (terminée en 1275, deux ans seulement avant sa mort, survenue en 1277 ) qui le rend célèbre. Bien qu'elle ne s'impose pas par des notions techniques très remarquables ou originales elle n'en présente pas moins un tableau vivant et complet de ce que fût l'art chirurgical européen dans le siècle de Saint-Louis . Guillaume de Salicet est le premier à abandonner la cautérisation [cautère] au fer rouge (prônée par Abulcasis) au profit du bistouri.

Sa Chirurgie est divisée en 5 livres dont sont importants pour nous les II et III :

Le livre second est intitulé "des plaies et contusions produites au corps humain depuis la tête jusqu'aux pieds, en énumérant les chapitres au nom de Dieu".

Le livre III, traite "de l'algèbre, c'est-à-dire de la restauration [le mot algèbre est très caractéristique de l'influence arabe sur la terminologie médicale et chirurgicale du Moyen-Age, en effet, il est l'adaptation en français de "Al djaber el mogabelah" c'est-à-dire "art des restaurations osseuses"] qui convient à l'endroit de la fracture et dissolution [ce terme, du latin dissolutio, séparation des parties, est très employé au Moyen-Age et désigne une solution de continuité, telle fracture ou luxation] des os".

2 - Sources bib1iographiques

Nous avons utilisé la traduction de Paul Pifteau, publiée en 1898, à Toulouse.

3 - Extrait de texte ( cf.également Guillaune de Salicet / PDF )

 

( ...                        (...) Chapitre II - De la percussion de la tête, avec plaie par flèche, etc.

Lorsque le médecin arrivera auprès de quelqu’un qui est blessé à la tête avec chose semblable, comme flèche, ( ... ) et que la flèche ait pénétré dans le crâne ( ... ) si elle n’a pas pénétré jusqu’à sa profondeur, avant que tu te disposes à faire l’extraction de la flèche tu couperas les cheveux selon la manière dite plus haut ( ... ), et alors agrandis la plaie avec le rasoir, afin que la flèche ait une libre issue, et que par le fait de son enfoncement ou de sa pénétration dans les nerfs et les fibres de la chair et de la peau elle ne soit pas arrachée avec grande difficulté et douleur. Et à cause de cela il faut tacher, dans l’agrandissement de l’ouverture de la peau et de la chair, d’aller jusqu’à la profondeur à laquelle la flèche est arrivée, afin que tu puisses plus facilement travailler avec tes instruments, avec tes tenailles, ou avec tes pinces, ou autres le ce genre, à extraire la flèche, toujours en évitant la douleur autant que possible. Et la flèche étant extraite, que le médecin procède tout de suite au moyen de la phlébotomie ou de la scarification ,selon qu’il lui semblera d’après la faiblesse ou la force du malade, et au moyen du clystère ou du suppositoire susdits et de la même manière, ainsi qu’au moyen des onctions extérieures et des infusions, ou emplâtres, ou onguents mondificatifs, comme il a été dit plus haut ( ... ). ( Mais si le malade ) était dans une telle faiblesse que, d’aucune manière, il ne puisse supporter l’extraction de la flèche, que celle - ci soit laissée encore ainsi pendant quelques jours en l’adoucissant de la manière susdite et si, jusqu’à ce temps, il paraissait que la flèche ne puisse être extraite, qu’elle soit laissée ainsi jusqu’à la fin de la vie du malade, afin que la nature travaille seule à son expulsion par le progrès du temps, comme cela a été vu plusieurs fois dans la pratique, et deux fois, dans mon temps, j’en ai vu l’expérience. Mais si le patient a encore quelque force et le jeu de son intelligence en bon état, que la flèche soit alors enlevée de cette manière avec tes instruments de fer : premièrement, avec tes instruments de fer, tu enlèveras quelque peu de l’os sain qui est autour de la flèche, tout autour, circulairement, afin que plus légèrement, avec un moindre effort et sans grande douleur, et aussi sans commotion de toute la tète et du cerveau, la flèche puisse être arrachée par le médecin.

             Chapitre III - De la plaie au nez ou à la face avec épée ou flèches, etc.

La plaie au nez ou à la face, faite avec épée, glaive et semblables, est faite parfois dans le sens de la longueur du nez, parfois selon Sa largeur. Néanmoins, si elle est faite selon la largeur ou la longueur, c’est cependant une plaie parfois large, parfois étendue, parfois étroite. Semblablement, elle est parfois large avec perte d’os et de peau, parfois avec perte ou lésion de l’os seulement, parfois avec lésion de l’os et non point avec perte.( ... ) Mais si la blessure a été faite avec une flèche, remarque tout d’abord si la flèche est apparente à la vue ou non. Si elle est apparente, alors aussitôt, à la première visite, mollifie et fortifie la partie avec huile rosat, graisse de poule, jaune d’œuf et un peu de safran mêlés et chauds, s’il ne se produit pas d’écoulement de sang, parce qu’alors procède tout de suite avec les remèdes connus qui arrêtent le sang, et ce jusqu’à son arrêt ; ensuite avec le médicament susdit, jusqu’à parfaite mollification de la flèche et de la partie. Et si les laïques ( ... ), ou tes amis te sollicitent pour que la flèche soit extraite tout de suite, et qu’il soit évident pour toi que la flèche est entrée peu profondément dans le membre, de sorte qu’elle puisse être extraite avec assez de facilité et sans grande difficulté et sans accident pour le malade ( ... ), tache d’extraire la flèche de cette manière : prends le manche de la flèche entre les tenailles dentées et affermis—les bien en pressant bien avec les mains sur la partie postérieure des tenailles, afin que les dents des tenailles s’impriment fortement dans le manche de la flèche, et lorsque tu auras fais ainsi, tourne les tenailles à droite et à gauche, et ensuite tu ramèneras la flèche au point où elle a été en premier lieu, ou à travers lequel elle est entrée tout d’abord, et ainsi tu pourras extraire la flèche directement, sans difficulté, lorsque la flèche aura déjà fait elle - même Sa voie par le tour que tu lui auras fais faire à droite et à gauche et réciproquement. Laquelle flèche ayant été extraite de la manière dite, tu rempliras la plaie avec des bourdonnets d’étoupe ou de lin trempés dans huile rosat, jaune d’oeuf, safran, mêlés et chauds, sans tasser beaucoup les bourdonnets, et que cela soit continué jusqu’à trois ou quatre jours et ensuite commence à mondifier la partie avec miel rosat, térébenthine, farine d’orge, farine de fenugrec, myrrhe et sarcocolle. Car cet emplâtre mondifie et calme la douleur. Cette mondification étant faite, ou une plus énergique si elle a été nécessaire, soit la partie incarnée avec poudre d’encens, mastic, sarcocolle et adragant. Soit ensuite consolidée avec poudre de noix de cyprès, momie, écorces de grenades, galles et autres de ce genre, ou bien qu’il soit procédé avec les onguents faits avec ces poudres selon la règle donnée plus haut dans les autres chapitres. Mais si la flèche ne se manifeste pas à la vue, cherche alors si elle ne serait pas dans le nez ou ailleurs, en explorant avec ta sonde dans lequel des deux points elle se trouve, dans la cavité du nez ou ailleurs, etc., et si tu ne la trouves pas d’aucune manière, alors mollifie et fortifie toujours la partie avec huile rosat, jaune d’œuf, graisse de poule et safran, jusqu’à ce que la flèche se manifeste à ta vue par l’effort de la nature et si elle ne se manifeste pas, alors consolide la plaie et abandonne la flèche, si, par ce procédé, la plaie peut se consolider, et si tu ne vois pas que tu puisses l’arracher par quelque moyen. Souvent, en effet, et remarque - le bien, la flèche abandonnée se manifestera à toi par cette voie même, naturellement. Quelquefois même la nature, dans son ingéniosité, la pousse à la place convenable pour qu’elle soit extraite ; et alors, facilement et sans difficulté, ainsi que sans grande incommodité pour le patient, elle sort d’elle - même, ou quelquefois enfin, ainsi abandonnée, elle se manifeste à toi de telle sorte que le malade l’extrait lui - même, ou du moins le médecin, avec facilité. Mais si la flèche n’apparaît pas, mais se manifeste à toi par le contact de ta sonde, et non à la vue, alors tâche de mettre de l’huile rosat sur le manche de la flèche, et de mollifier toute la partie de la blessure avec la même huile, pendant quelque temps, et lorsqu’il te semblera que la partie est suffisamment mollifiée, cherche le moyen de placer dans le manche de la flèche une sonde faite avec crochet, et tache de le faire, et enfonce le crochet dans 1’ouverture du manche jusqu’au vide intérieur du manche (l’auteur désigne soit le manche creux de la flèche, soit la douille par laquelle le fer était assujetti au manche d’une manière plus ou moins solide car «  on le fixait parfois assez peu pour qu’il restât sûrement dans la plaie, et provoque le tétanos » ) fais alors des tractions pour retirer la sonde à l’extérieur et tâche d’extraire la flèche au moyen de ladite sonde recourbée, si c est possible. Mais si cela ne te semble pas encore possible, alors tu reviendras à ladite mollification de la plaie et à la dilatation de l’orifice. ( ... ) Mais si, cachée ou visible, la flèche est barbelée, alors place une canule d’airain sur chaque barbe, ou une canule de plume d’oie, et saisis alors le manche de la flèche avec tes tenailles et extrais à l’extérieur. Car alors, en enlevant la flèche, ces barbes ne pourront s’ introduire dans les tissus à cause de la canule d’airain ou de plume d’oie, empêchant la pénétration et s’y opposant. La flèche étant enlevée et extraite de la manière dite, qu’il soit alors procédé à la cure comme il a été dit plus haut. Mais si le miel rosat, la myrrhe, la farine d’orge, etc., n’étaient pas un mondificatif suffisant, que la partie soit alors mondifiée avec l’onguent des apôtres, ou vert ( ... ). Après le mondificatif, tu t’appliqueras à l’incarnation et à la consolidation selon la manière donnée plus haut. Que la diète du patient soit, au début, comme celle qui a été dite dans les deux chapitres précédents, ou mie de pain lavée plusieurs fois dans eau cuite, sucrée, mêlée avec verjus ou vin de grenades ; ou bien soit suc d’orge ( ... ) Et qu’il ne mange de viande et ne boive de vin d’aucune manière, et que le patient fasse cela jusqu’à ce qu’il soit en sécurité relativement à l’apostème, s’il est fort et robuste d’énergie, d’âge, de constitution et des autres qualités. Mais s’il est faible, qu’on lui donne alors viandes de poulet, ou de chevreau, ou de veau, cuites avec lesdites herbes ou semences communes. Qu’on lui donne aussi, dans la suite, chair de perdrix, de faisan, d’oiseaux des bois et non point des marais, oeufs à la coque, jus des viandes susdites, mie de pain apprêtée avec ces jus, avec oeufs en forme de brouet, et bref qu’il use de mets de digestion douce ( ... ). Que la boisson soit, dès le début, l’eau de décoction d’orge, avec sucre rosat vieux, ou une boisson de ce genre, froide et sèche. Mais vers la fin, et du moins, après sécurité relativement à l’apostème, il peut user de vin noir, faible ou vert, avec eau de sucre rosat cuite ( ... ) etc., et qu’il soit ainsi réglé.

Chapitre V - De la plaie au cou, avec épée, ou flèche, etc .

Les plaies qui sont faites au cou par épée et semblables se font selon la longueur on selon la largeur et, avec cela la nuque est b1essée ou non. ( ... ). J’ai vu un homme blessé avec une flèche à la nuque, dans le cou, frère de Henri Cinzarius de Crémone, qui aussitôt après avoir été frappé perdit la sensibilité et le mouvement dans tous les membres, au - dessous de cette partie blessée de la nuque, de telle sorte que chaque jour il perdait dans le lit, sans le sentir, les superfluités de la première et de la seconde digestion. Bref, après avoir exposé aux parents ma désespérance de sa vie et le pronostic de mort, je l’ai guéri et je l’ai tellement rétabli, qu’il pouvait s’en aller, avec deux bâtons, à travers la ville, et il vécut encore pendant dix ans. J’ai vu une autre fois à Crémone un certain du nom de Gabriel de Prolo, blessé à la jambe sur le focile, avec une flèche qui perfora jusqu’à l’os et ne lésa pas l’os ; et ce fut une flèche d’arc ( par opposition au carreau d’arbalète : cf. glossaire ), comme il m’était raconté, et bref, avec tous les moyens et médecines, la nature ne put ainsi empêcher qu’il ne survint un frisson violent et, en vérité, il fut presque mort pendant un mois. Tu sauras donc que le frisson survenant dans une blessure du cerveau, de la nuque, signifie qu’elle a pénétré dans le cerveau, ou la nuque, ou les nerfs nobles et souvent que la mort doit arriver. Et s’il y a fièvre avec insomnie, perte de l’appétit, affaissement de tout le corps, cela présage sans doute la mort. Et s’il survenait le flux du ventre, la fièvre ni le frisson ne faisant défaut, cela signifie encore la mort. Mais si, par le bénéfice du flux, ces sympt6mes étaient écartés et cessaient, ils ne signifieraient pas alors un mal, mais plutôt un bien et la vigueur de la nature sur l’infirmité et sur sa cause. Quant à la diète, dans ce cas, au début, au milieu et à la fin, il en a été assez parlé dans les précédents chapitres, selon qu’il convient dans toutes les blessures, et aussi de la boisson ; c’est pourquoi je ne le répéterai pas. mais tu sauras que le vin excite le cerveau et les nerfs plus que quelle autre chose que ce soit. En conséquence, fais s’abstenir de vin, autant que possible, les malades ainsi blessés, parce que ce sera bien pour eux, à moins que l’habitude du malade pour le vin, ou son âge avancé, ou sa faiblesse, ou autre cause de ce genre ne te porte à consentir pour lui à son usage modéré.( ... )

Chapitre XVII -  De la plaie de la hanche, avec épée ou flèche, etc.

Lorsqu’il arrive que l’endroit de la jointure de la cuisse avec la hanche est blessé, telles plaies ne sont point redoutables si ce n’est par le fait de la grosseur du membre et de sa nervosité, et de la lésion de sa ligature, de laquelle lésion résulte la claudication à la fin de la curation, comme je l’ai dit plusieurs fois. Si donc une flèche, blessant un tel endroit, a pénétré dans l’os ischion ou de la hanche, alors avec ton habile ingéniosité et subtile investigation, extrais la flèche au moyen de la mollification de la partie avec huile rosat, graisse de poule et un peu de safran mêlés et chauds, et au moyen de l’élargissement suffisant de la plaie, dans la peau et chair, avec le rasoir. Laquelle flèche étant extraite selon le mode dit au chapitre de la plaie à la tête, alors remplis toute la plaie avec bourdonnets trempés dans huile rosat et safran chauds, pour la première visite, jusqu’à trois jours, lorsque la sanie commencera à se produire, à moins que tu ne sois contrarié par l’écoulement du sang au moment de l’élargissement et de l’extraction, parce qu’alors efforce - toi d’y parer aussitôt, comme je l’ai dit autres fois. Et autour de l’endroit tu feras onctions copieuses avec bol d’Arménie, huile rosat, vinaigre, suc de solathre, suc de plantain, suc de joubarbe et autres de ce genre, mêlés à un peu de safran. Et sur toute la plaie mets ce dit médicament que tu mettais dans la plaie, de jaune d’oeuf, huile rosat et safran, mêlés et chauds, et cela jusqu’au temps susdit, soit trois jours Ou environ, jusqu’à ce que la sanie commence. Tu mettras ensuite ce mondificatif, et dans la plaie avec bourdonnet, et sur la plaie Prenez de miel rosat passé en colature 5 livres, de farine de fenugrec, de farine de graines de lin, de fleurs de camomille bien pulvérisées, de chaque 1once, de farine d’orge, de farine de lupins, de chaque 5 onces, d’huile de camomille, d’huile d’aneth, de chaque 3 onces. Soient toutes ces choses incorporées ensemble avec vin suffisant, et faites - en usage comme j’ai dit. Cet emplâtre, en effet, est en partie mondificatif, en partie sédatif de la douleur, et très utile dans ce cas. Que toute ton application, dans ce cas, soit en effet pour calmer la douleur et éviter l’apostème, parce qu’il n’échoit rien de suspect si ce n’est pas le fait de ces deux choses. Que la diète, dans l’aliment et la boisson, soit celle qui a été dite au chapitre de la plaie à la caissette, au dos et aux intestins. Mais si la plaie était faite en ces endroits avec épée ou semblables, de manière qu’elle eut besoin de suture, qu’elle soit alors suturée dans toutes les règles de suture dites au chapitre de la plaie au cou, et à la gorge, et aux autres chapitres. Et dans la cure de telle plaie soit procédé comme j’ai dit plusieurs fois dans les autres chapitres. Que la phlébotomie et l’évacuation du ventre ne soient pas non plus omises ici, afin que la partie n’enfle pas à cause de son voisinage avec les intestins contenant excréments, parce que c’est très utile, et c’est pour cela que tu ne l’oublieras pas, parce que tu t’en trouveras bien dans la cure ( ... ).

Chapitre XIX - De la plaie au genou, avec épée ou flèche, etc..

Les endroits du genou sont très redoutables et mortels lorsqu’une plaie y est produite, du moins par dessous , dans la portion de cette concavité qu’on trouve à la partie antérieure du genou, sous la rotule, et ces parties sont à l’extrémité du petit et du grand focile (la fibula et le tibia ) car en cet endroit se continuent et s’unissent de nombreux nerfs considérables et nobles venant du cerveau et de la nuque ( ... ).

Chapitre XX - De la plaie de la jambe, avec épée ou flèche, etc .

Sur le petit focile de la jambe, à la partie antérieure et intérieure se trouvent d’importants lacertes ( muscles ), descendant immédiatement du genou et ( ... ) surtout du cerveau et nuque. D’où lorsqu’une plaie est faite en cet endroit, et spécialement avec flèche et semblables , elle est très redoutable et, dans notre temps, nous en avons vus beaucoup périr. Si donc une flèche ou autre semblable est entrée dans la jambe, ou du moins dans ledit endroit, et avec cela sera entrée dans la substance de l’os, alors, tout de suite, selon l’ordre accoutumé plusieurs fois dit, mollifie la place où est la flèche et toute la plaie avec huile rosat chaude et un peu de safran, ou avec graisse de poule mêlée à ces choses, et bref dispose la partie pour la facile sortie de la flèche, ou bien avec ledit mollificatif, ou même avec une habile incision faite avec prudence. Et alors extrais la flèche délicatement selon les règles données au chapitre des plaies de tète avec flèches. Laquelle étant extraite, remplis de suite la plaie avec huile rosat chaude et un peu de safran, sans introduire de tente jusqu’au fond de la plaie, mais seulement l’huile susdite, en plaçant cependant une tente dans l’ori­fice pour qu’il ne se ferme pas, superficiellement, comme je l’ai dit plus haut de la plaie à la cuisse et au genou. Mais autour de la plaie soit mis défensif de bol d’Arménie, huile rosat, vinaigre, suc de solathre, de joubarbe, de plantain, eau de roses et semblables, avec un peu de safran, et cela soit fait depuis le début jusqu’à la fin. Et que l’huile susdite soit mise dans la plaie comme j’ai dit, Jusqu’à trois jours ou à peu près, jusqu’à ce que la sanie commence de paraître et que tu sois en sécurité par rapport à l’apostème. Mondifie ensuite la partie selon les règles données ( ... ), et ta mondification étant faite, soit la partie incarnée et consolidée comme j’ai dit plus haut. Et s’il sortait peu de sang de la plaie et que la force et l’âge et les autres conditions ne s’y opposent point, soit fait phlébotomie ou ventousation et soit administré clystères ou suppositoires susdits. Bref, que la diète dans la nourriture et boisson soit réglée aussi comme j’ai dit. Et n’aie de crainte en aucune façon relativement à l’os lésé dans ce cas, parce qu’il sera bien mondifié par ce procédé, grâce au dit mondificatif. Mais si tu est empêché dans l’acte de l’extraction de la flèche par l’écoulement du sang, tourne aussitôt tes efforts vers sa répression, reviens ensuite au mode maintenant dit. Et si la plaie est grande, soit longue, soit large, ayant besoin de suture, et avec écoulement abondant de sang, alors tu rapprocheras de suite et tu coudras les parties de la plaie l’une contre l’autre, convenablement, comme au chapitre de la plaie au cou ; puis applique - toi immédiatement à la répression du sang, et tu ne manqueras pas de mettre sur la suture la poudre conservative plusieurs fois dite ; et laisse la partie ainsi liée jusqu’au jour suivant, ou plus, jusqu’à ce que tu sois assuré de la répression du sang. Procède ensuite avec le mollificatif et sédatif de la douleur fait de jaune d’oeuf, huile rosat et safran, jusqu’à la production de la sanie ; puis mondifie, incarne et consolide comme tu as appris. Règle comme tu as appris plus haut la phlébotomie, la diète, l’évacuation du ventre, le défensif et les autres choses. Mais si l’os de la jambe a été coupé transversalement en totalité, de telle sorte que les parties ne puissent adhérer l’une avec l’autre, alors rapproche - les convenablement et délicatement avec tes mains ; puis tu rapprocheras les parties de chair et de peau au moyen d’une suture convenable sur laquelle tu répandras la poudre conservative plusieurs fois dite tu oindras ensuite copieusement autour de la plaie avec le défensif susdit au présent chapitre, puis avec tampons convenables et faits d’étoupe, roulés dans blanc d’oeuf, huile rosat et safran, lie la partie au moyen d’une bande convenable, ( ... ). Et procède ainsi jusqu’à la production du pore sarcoide ( le cal osseux ) liant ensemble les parties de l’os. Et dans la plaie et sur son orifice mets, pour ce temps, jusqu’à production de sanie, jaune d’oeuf avec huile rosat et safran. De même pour la diète dans la nourriture et boisson, et phlébotomie, et scarification, et évacuation du ventre, soit procédé comme dessus, excepté qu’après assurance relativement à l’apostème le malade soit réglé avec aliments durs et visqueux, comme sont viscosités ou extrémités des animaux et autres substances de ce genre, mets faits de pâte, etc. ( ... ).

          Chapitre XXII - De la plaie du peigne du pied, avec l’épée ou flèche, etc.

Lorsque cet endroit est percé avec une flèche ou autre objet aigu, ou par une plaie avec épée ou autre de ce genre, il faut toujours considérer si la flèche a percé tout ou partie, et alors le lieu de la plaie et de la flèche étant mollifié selon la coutume, comme dessus, et bref, les règles de l’extraction de la flèche étant observées, qu’elle soit extraite et que la plaie soit remplie avec huile rosat chaude et safran, sans pousser la tente au fond de la plaie, mais en la mettant courte et grosse et imbibée de la dite huile, dans l’orifice de la plaie, de peur qu’il se ferme, et cela jusqu’à trois jours ou environ, jusqu’à ce que la sanie commence à se produire dans la partie. Qu’il soit ensuite procédé avec mondificatif. incarnatif et consolidatif, exactement comme dessus. Et qu’on n’ omette jamais autour de la plaie le défensif de bol d’Arménie, myrte, roses, huile rosat, vinaigre et sucs froids, comme au chapitre de la plaie à la cuisse et au genou, ni la phlébotomie au commencement, ou la scarification, selon qu’il est expédient, ni l’évacuation du ventre, ni la diète due, toutes choses qui ont été dites clairement plus haut. En faisant toujours la répression du sang, principalement si au moment de l’extraction de la flèche il te contrariait, en revenant en­suite au mode maintenant dit. Mais si la plaie est grande et large, de telle sorte qu’elle ait besoin de suture et que l’os soit coupé au point qu’il y ait là des portions d’os tellement séparées de l’os sain, ni par l’art du médecin, ni par la vertu de la nature, que ses parties soient alors, avant toutes choses, enlevées délicatement, et le reste de l’os ramené et réuni corne il faut avec tes mains. Soient ensuite les parties de chair et de peau convenablement cousues selon les règles du chapitre de la plaie au cou, et soit la suture conservée avec la poudre, connue dessus, en laissant à la partie plus déclive de la plaie un orifice connue j’ai dit d’autres fois, dans lequel, avec une tente, et sur la plaie avec des tampons d’étoupe, soit mis le médicament de jaune d’oeuf, huile rosat et safran, jusqu’à production de la sanie, et autour de la plaie soit mis le défensif de bol d’Arménie, etc., dit au présent chapitre et plusieurs fois ailleurs. Puis soit la partie convenablement liée et soit ensuite mondifiée, incarnée et consolidée comme tu l’as appris plus haut par rapport aux autres plaies( ... )

 

[page mise à jour le 08/07/2015]