Graisse   [retour Glossaire]

Matière de réserve des animaux, constituée par des lipides du groupe des glycérides, la graisse est un élément important de la pharmacopée médiévale et entre dans la composition d'onguents et d'emplâtres.

Un grand nombre d'animaux est utilisé au Moyen-Age pour la graisse : parmi les mammifères, le boeuf, le porc, mais également le hérisson. On fait aussi appel aux oiseaux (autruche, canard, oie, poule). Les animaux castrés (animalia castrata) sont réputés pour fournir une graisse fine. Nous n'avons relevé qu'un seul cas d'invertébré : il s'agit de la Limace rouge (Mollusque Gastéropode) dont la graisse (alabastre) est employée par Théodoric et Guy de Chauliac.

De manière habituelle, les chirurgiens médiévaux distinguent deux catégories de graisse : l'adeps et le pinguedo :

"Pinguedo, en arabe Samm est différente de Adeps, en arabe Scha'hm. Pinguedo est la graisse des animaux humides comme les Porcs, Adeps est la graisse des animaux secs, comme les boeufs. Pinguedo fondu est le Sagimen, Adeps fondu est le Sepum (suif). Ces deux graisses, lorsqu'elles sont préparées, sont chaudes plus ou moins selon leurs variétés ; en vieillissant, elles deviennent de plus en plus chaudes, subtiles et résolutives" (Henri de Mondeville, Synonymes des résolutifs, 104).

Ces graisses, une fois fondues et refroidies, donne 1'axonge [du latin axungia, de axis, essieu, axe et ungo, oindre : l'axonge servait, en effet, à graisser l'essieu des chars] qui, selon Henri de Mondeville est conso1idative alors que les graisses brutes sont résolutives. Guillaume de Salicet et Guy de Chauliac, pour leur part, quelle que soit l'origine de la graisse, la considère comme mollificatif :

"Axungia de veau est plus grossière que l'axonge de Porc et, pource est plus efficace dans le traitement des plaies et des ulcères où les humeurs affluent, parce qu'elle s'oppose davantage à cet afflux humoral et semble être contre celui-ci un bouclier défensif" ( Henri de Mondeville, Synonymes des consolidatifs, 181).

"Toute graisse (adeps) est chaude et sèche. Il est vrai que l'humidité diminue selon la nature de l'animal dont elle est (...). La graisse de porc mollifie et mûrit, et résout en partie les apostèmes et toutes graisses font ainsi (...)" ( Guillaume de Salicett).

"Graisse, oing est cogneu, chaude et humide au premier, plus ou moins selon les animaux desquels elle est : et pource meurit et mollifie" (Guy de Chauliac).

Aucun chirurgien médiéval ne signale l'emploi de graisse humaine : il est logique, en effet, qu'une telle pratique, qui aurait été plus du ressort de la sorcellerie que de la médecine, n'ait pas tenté nos auteurs, par conviction ou par crainte des poursuites judiciaires.D. Jacquart, dans sa thèse consacrée au "Milieu médical en France, au Moyen-Age" signale (1979, p. 341, et Dict. supplément, p. 222) le cas de deux ventrières (sages-femmes) : Perrette de Rouen (vers 1360-1411) et Catherine La Petioune, poursuivies en justice pour avoir procuré "à une femme, un enfant mort-né dont la graisse devait servir à oindre le visage d'un seigneur lépreux".

    [page révisée le 22/05/2009]

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