Jusquiame [retour Glossaire]

Hyoscyamus L.[du grec Hyoskyamos, fève de porc et du latin Hyoscyamum (Celse, De Medicina, 2, 33) ou Hyosciamus (Pline, Historia Naturalis, 25, 35)], genre de plantes toxiques, appartenant à la famille des Solanacées (ou Solanées : c'est également la famille de notre bonne vieille pomme de terre, Solanum tuberosum L. ) et comprenant une vingtaine d'espèces, fréquentes dans tout le pourtour méditerranéen.

La Jusquiame est une belle plante herbacée à tige cotonneuse, ramifiée, pouvant atteindre 80 cm de haut. La plus connue est la noire ou H. niger L. (à cause de la couleur pourpre noirâtre de la base des pétales).

Les Anciens connaissaient bien les propriétés hallucinatoires de la Jusquiame : elle était utilisée dans ce but par les Assyriens, de même que par les druides ( à l'époque celtique, elle était appelée Hannebane, terme très proche de l'anglais actuel Henbane, "qui tue les poules" : allusion au fait que les gallinacées s'empoisonnent en consommant des graines de Jusquiame).

Les feuilles et les graines renferment des alcaloïdes toxiques (hyoscyamine, atropine et surtout scopolamine).Elle est actuellement employée comme antispasmodique et hypnotique en usage interne, en calmant des douleurs rhumatismales en usage externe (cataplasme de feuilles cuites et broyées).


Le Moyen-Age n'a pas ignoré la Jusquiame : les auteurs emploient les feuilles et les graines des deux espèces :

"Hyoscyamus (Jusquiamus), Cassilago [sens et étymologie inconnus : le français médiéval dit "cassilagine"], Symphoniaca [du latin, Symphoniaca herba, expression extraite du "De herbarum medicaminibus" dont l'auteur est Lucius Apuleius, naturaliste latin, ayant vécu au IV° : une nouvelle fois on se doit de noter la vaste érudition dont fait preuve Henri] (...), cette herbe et sa graine sont de deux sortes, la blanche [ Hyosciamus albus L. Notons au sujet de cette espèce que R.R. Paris (1971, T. III, p. 169) pense qu'elle n'apparaît dans la pharmacopée française qu'à la fin du XVIIIe. Sa citation par Henri de Mondeville semble prouver le contraire] et la noire, elle est froide, sèche vers le troisième degré" (Henri de Mondeville, Synonymes des répercussifs, 5).

Les propriétés anesthésiques ("stupéfiantes") de la plante sont bien connues :

"Jusqiame, herbe froide au troisiesme, ou environ : fort stupéfactive" ( Guy de Chauliac).

Rappelons à ce sujet que l'Antidotarium de la très célèbre Ecole de Salerne préconisait une "éponge soporifique" (ancêtre de nos anesthésiques préopératoires actuels) où, à côté de la laitue, du lierre, de la mandragore, de la mûre et de l'opium, entrait justement la Jusquiame.

    [page révisée le 23/05/2009]

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